La terrasse peu à peu se vide. Les derniers crépitements des appareils photo immortalisent le soleil qui descend sur les ardoises mangées de mousses du clocher de la Collégiale qu’on aperçoit à deux rues de là.
Le premier à partir, c’est Raymond, l’instituteur, qui lance un :
— Allez, les gars, au mois prochain pour l’entraînement !
Qui se veut joyeux.
Les derniers touristes regagnent leur voiture ou leur car. Les commentaires se font à voix basse, par petits groupes isolés. La cohésion du groupe en a pris un coup. L’équipe a du plomb dans l’aile. Et personne ne parvient à se défaire de cette chape.
Armande débarrasse la terrasse et Louis en profite pour se mettre un nouveau verre de vin vite fait. Dehors la douceur se glisse sur les capots surchauffés des voitures et on peut entendre de nouveau le gargouillis des trois monstres de la fontaine Robert-Lapayrière recrachant leur eau. Il fait doux. Maintenant.
Les oiseaux ont le bec dans la dernière suée de jour qui glisse dans le ciel vide.
Le Dorat retrouve son visage habituel, celui d’un village paisible qui, comme la lumière du soleil, peu à peu se referme sur lui-même.

Joël Nivard, Little Bighorn (Le Café de la Poste)
© La Geste