Les dévotes n’habitent pas loin de l’église, qu’elles hantent, comme les fées de nos vieux contes. Elles se déplacent lentement. Elles sont caparaçonnées de laine. Leurs mains dans les mitaines à deux doigts ressemblent à des pinces et leurs capotes sont munies d’antennes subtiles. On dirait des insectes vus au microscope. Leur vie est très enveloppée, très primitive, très simple. Friandes et pieuses, elles vivent de bonbons, en attendant le Paradis. Qu’elles auraient de peine à ne pas se croire immortelles et quel dommage pour Dieu si elles ne l’étaient pas ! Ceux qui ne les connaissent guère peuvent se moquer de leur piété. Ceux qui les approchent se demandent ce qu’elles seraient sans leur piété ; des bêtes plus vulgaires.

Marcel Jouhandeau, La Jeunesse de Théophile (Les dévotes...)
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