Si j’étais né au haut de la colline, au château de la Majorie, et non dans le bas-fond, au Rodai, tandis que Marcellin de Marbot naissait, lui, au château de Larivière, et non dans la plaine qui s’étend au bord de la Dordogne, sur la rive gauche, vis-à-vis le château d’Estresse, sur l’autre rive, j’eusse eu un tout autre idéal de vie que si j’étais né, en 1782, dans la même condition de fils de paysan pauvre, qu’en 1922. La famille de Marbot était alliée à plusieurs familles nobles du pays, et faisait société avec les d’Humières, les d’Estresse, Cosnac, La Majorie, etc, et moi de même, dans cette hypothèse, j’eusse été lié, par raison familiale, aux jeunes châtelains du voisinage, et eusse été de leurs réceptions, de leurs fêtes, de leurs danses, etc. Marbot dit que son père « avait pour l’état militaire un goût très prononcé qui se trouvait journellement excité par ses liaisons avec les jeunes seigneurs des environs. »

Marcel Conche, Avec des « si ». Journal étrange I (Si j’étais né au haut de la colline...)
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