Mais ai-je seulement prononcé son nom... la Creuse ?... Préceltique crosa, n’est-ce pas, vallée profonde. Le mot est-il cocasse ? Nombreux y accèdent pour la première fois à la recherche d’une parentèle par la Souterraine et se perdent, vers Mortrou. La caricature sourd des moellons cagneux, des rivières acides. Le géographe donne des gages à ce destin toponymique désignant un « relief en creux ». Mes goûts singuliers pour le couple éros-thanatos, pour les ventres juvéniles blancs et concaves et pour l’espèce de nimbe autour des mots, trouvaient à se satisfaire de ces invitations onomastiques. Une femme, dont le nom évoquait l’Arménie, avait eu ce mot, sur la radio locale : « La Creuse, ce n’est pas une fille facile ». Il se trouve que j’ai une prédilection, pour les terres granitiques, c’est entendu, mais aussi pour les filles difficiles, et pour les ventres creux et les seins de la grosseur des nèfles ; je confirme, mes terres avaient une morphologie dépressionnaire conforme à mon désir, je vérifiais sur site la véracité des collusions érotiques, des formulations géographiques et la polysémie du mot cristallisation.

Gérard Laplace, La Pierre à boire (Mais ai-je seulement...)
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