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Je me suis posé sur ma terrasse, histoire de retarder le plus possible le moment d’investir ma nouvelle maison qui m’écœurait déjà.

J’ai allumé une cigarette, me suis servi une première bière, puis me suis tranquillement effondré en larmes, tout en me disant entre deux sanglots morveux qu’il faudrait que je repeigne bientôt les murs blancs du rez-de-chaussée qui me rappelaient trop l’hôpital, voire que je repeigne ceux couleur chocolat de la mezzanine, histoire au moins de perdre du temps à quelque chose de parfaitement inutile qui me donnerait malgré tout l’illusion sur l’instant de faire quelque chose d’utile.

En rouge vif, tiens, pourquoi pas ?

En rouge vif ce serait peut-être chouette.

Ou pas.

Mais demain en tout cas, là pas le temps, là je fume et bois et pleure.

Là je suis seul depuis environ quatre minutes trente dans une minuscule cour gravillonnée, à une enjambée au-delà de mes forces de trente-cinq mètres carrés désormais meublés, et je crève de peur.

Mais ce sera ça, alors.

Et ça ne sera pas si mal, finalement.

Peut-être ici, finalement, dans quelque temps, je vais enfin pouvoir recouvrer un peu de calme.

Franck Villemaud, Palissade
© Taurnada Éditions