Dieu

Un jour, Saint Pierre se promenait au bord de l’eau :
— « Ah ! Ah ! Si j’étais le Bon Dieu ! Comme tout irait mieux ! »
— « Que ta volonté soit faite, dit le Bon Dieu qui l’avait entendu, je vais me reposer en attendant ; Tiens ! Voici mon trône, assieds-toi dessus. J’en profiterai à mon tour pour aller me promener. »
Le saint ambitieux s’installa sur le trône et prit un air de suffisance. Une vieille femme du Rosélie vint à passer qui menait paître sa vache au pré, puis elle s’en alla.
— « Eh là ! Ma bonne dame, qui va garder cette vache si vous partez ? » dit le bon Saint.
— « Vous m’en posez une bien bonne, c’est bien le dernier de mes soucis ! Le Bon Dieu s’en chargera bien ! Quant à moi, je m’en retourne à la maison. J’ai tant de besogne à faire ! »
— « Ah ! Elle a bien raison ! dit le Bon Dieu qui en riait comme un idiot, « et comme c’est toi qui est le Bon Dieu, il faut que tu restes ici pour lui garder sa vache. »
Il faisait une chaleur étouffante : il y avait des mouches et des taons, la pauvre bête n’en pouvait plus : elle se mit à lever la queue, puis à prendre la mouche. Elle traversa tous les buissons, et Saint Pierre de courir derrière sans pouvoir l’arrêter jusque vers Crocq.
Le Bon Dieu en riait tant qu’il pouvait, il connaissait chaque mur, chaque buisson que la vache avait traversé. Le soir le pauvre Saint Pierre n’en pouvait plus. Le Bon Dieu lui dit :
— « Tu voulais gouverner toute la terre, et tu n’es même pas capable de garder une vache. »

Marie Bosle, Dieu
Traduction
© Institut d’études occitanes du Limousin