À la Marche limousine

Marche limousine
où la Creuse, en coulant, tinte
au pied des tours en désarroi
de Crozant la Merveille,
ô terre d’élection,
sœur de la Combraille et, comme elle, fille
du Limousin roi,
terre que berce le vent d’ouest,
morts sont les troubadours,
soupirants
de la vicomtesse
d’Aubusson,
morte la suzeraine
du château, mais un écho
de leur amoureuse chanson
dit, à celui qui le veut entendre,
que son souvenir n’est pas moindre
au vieux donjon.
L’âme
du prince Djem, flamme éternelle
d’étrange amour,
hante encore,
à Bourganeuf, sa tour
ainsi que le blanc visage
de la Dame claire
à la licorne tutélaire.
Terre des fantômes
sans limites
et sans pareils,
Marche limousine, tu es l’entrée,
parée de ciel,
d’un pays féerique.
Marche limousine,
seuil du Limousin,
porte qu’avoisine
genêt et romarin,
porte d’Aquitaine
qu’un doux soleil baigne
de ses mouvants rayons,
enrubannée de lierre
et
de frêle églantier ;
porte des émois
nocturnes de la lune,
devant toi égrène
son refrain,
une fée des haies.
Sœur de la Combraille et, comme elle, fille
du Limousin roi,
comme en elle, brille en toi
un cœur d’étoile et, parmi
tes fleurs
champêtres,
s’ouvrent les fenêtres
des fadets chanteurs.

Paul-Louis Grenier, traduction de Paysages (À la Marche limousine)
© Edicions dau Chamin de Sent-Jaume