La Fée de Leyrat

Dans le château de Leyrat, dont les ruines muettes
se hérissent de serpents sous les pas des bûcherons,
chaque nuit vient dormir une fée aux cheveux roux.
Tout le jour elle court, invisible, les ravins,
les brandes et les collines ou chemine dans les airs.
Parfois, faisant sa retraite
de l’azur brûlant où palpite
la brise d’été,
elle suit l’alouette qui semble
voler jusqu’au soleil pour y bâtir son nid.
Elle contemple alors le pays de Combraille,
ses rivières, ses ruisseaux où le corbeau se mire,
ses vallées et ses bois et ses étangs profonds,
ses bruyères, ses buis et ses bouquets de houx
énormes et ronds.
Elle voit les rochers où le lézard sommeille,
les donjons à demi écroulés où butine l’abeille
et les métairies bruissantes de chansons et de cris.
Aujourd’hui, près des haies, les petits valets réjouis
disputent une mûre aux guêpes
ou couronnent de joncs leurs têtes brunes ;
dans les cours rient des paysannes,
avec un seau de lait elles reviennent de traire.
Des jeunes gens aiguisent la faucille claire
ou graissent la roue qui geint
ou parlent à leurs bœufs liés au joug.
Les épis des blés sont mûrs,
et, devant les maisons aux derniers toits de chaume,
les dernières fileuses de Combraille
disent de vieux mots doux et forts.
Du haut des airs tristement les écoute
la fée qui regrette les âges morts ;
si souvent leur vue l’a arrachée
à la joie ou aux consolations,
si souvent les regards de ces femmes semblaient
crier : « Ils sont morts,
les temps des chevaliers, où les reines filaient ».

Paul-Louis Grenier, traduction de La Chanson de Combraille (La Fée de Leyrat)
© Edicions dau Chamin de Sent-Jaume