Dumontel ne réalisait pas qu’il traversait l’ancienne zone d’extraction de l’uranium. De part et d’autre de l’autoroute, des monts boisés cachaient les anciennes mines qui s’appelaient : Henriette, Margnac, Fanay, Venachat, Le Fraisse, Bachellerie, Santrop, Roudet, Champour... Petits villages bucoliques, endormis, planqués au sommet d’un mont offrant un panorama sublime. Petits hameaux secrets ayant enfoui dans leur mémoire des histoires de familles et de voisinage vieilles comme le monde. Non loin, le lac de Saint-Pardoux avait été l’objet d’un scandale en 1998 et en 2006 : lorsqu’on avait constaté un taux anormalement élevé de la radioactivité dans ses eaux, on l’avait vidé. La Cogema, bien que relaxée par le tribunal correctionnel de Limoges, s’était engagée à curer et à stocker les boues radioactives accumulées dans l’anse des Chabannes, l’endroit où le ruisseau Ritord avait déposé, durant quarante ans, ces déchets nocifs après avoir circulé dans les zones minières.
Dumontel, fonçant vers Bessines, n’avait pas vu, sur sa droite, l’étang de la Crouzille, une des réserves d’eau potable de la ville de Limoges. Là aussi, la Cogema, après des rumeurs insistantes sur la pollution des eaux de la ville, avait fait « le nécessaire » pour que cesse le rejet de polluant dans les retenues d’eau potable.

Franck Linol, Yellow Cake (Dumontel ne réalisait pas...)
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