Bongue, Corrèze. Pour que vous vous fassiez une idée : deux feux en tout et pour tout, sept âmes. Bâti à mi-pente inclinée au sud, à huit cent cinquante mètres d’altitude, en face du Puy du Vareyron, lui-même à neuf cent quinze. Mairie, école, église, cimetière à Lamazière-Haute, environ huit kilomètres plus au sud, ravitaillement à quinze kilomètres, supermarché à trente. Au-dessus du hameau, sur la ligne de crête puis sur le versant nord de la colline, c’est la Creuse, avec à quatre ou cinq kilomètres Pralong, où vivait l’aïeule dont Bastien porte bonnets et jupons. L’air est pur, le vent souffle et la vue se dégage : à l’est la chaîne des volcans d’Auvergne et le massif du Sancy, au sud-est le Plomb du Cantal, trois grandes masses qu’au matin quand le soleil se lève on croit pouvoir toucher, saisir entre ses doigts, déplacer pour voir ce qu’elles cachent. À l’ouest, moins spectaculaire, sans doute plus mystérieux, le plateau de Millevaches. Au sud la pente dévale sans interruption jusqu’à la vallée de la Dordogne. Entre celle-ci et Bongue, le grand axe est-ouest traversant qui depuis des siècles permet, depuis le Rhône, donc les Alpes, la Suisse et l’Allemagne, et par Clermont, Brive, Périgueux de gagner la riche Aquitaine, l’Atlantique, l’Espagne. Sans un regard pour les bourgades égrenées au long de la route auxquelles le trafic avait donné naissance et raison d’être puisqu’il s’écoule désormais sur une somptueuse autoroute qui fait de ce parcours autrefois long, pénible, dangereux une simple formalité payante. Et sans une pensée pour les hameaux tapis au fond des gorges ou perchés sur le rebord du plateau, habitués de longue date à ne compter que sur eux-mêmes.

Mathieu Riboulet, Avec Bastien (Bongue...)
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