1949-1950

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Le nouvel Oradour est déjà construit en grande partie. Les gens des communes voisines nous envient et disent que c’est le plus beau village de France. Plus tard, d’autres diront qu’il est triste.

Il est vrai que, comme toute construction nouvelle, l’environnement est encore à venir.

Pas de haies vertes, pas d’arbres ou encore à l’état d’arbustes, des murs gris, tout ceci contribue à donner à l’ensemble des immeubles l’aspect d’une caserne, ce n’est pas très joli mais c’est une étape obligée.

Les plus objectifs disent que les premiers habitants ne le verront jamais beau et que ce sera pour les prochaines générations. Aujourd’hui, on éprouve le même sentiment lorsqu’on observe un lotissement en cours de réalisation, bien que les constructions soient plus petites et plus individuelles. Les murs du Limousin d’ordinaire ne sont pas colorés. Bien sûr, pour trouver quelque chose de beau, il faut l’aimer.

En ce qui me concerne, j’ai beaucoup aimé cette période des bâtisseurs. J’ai bien aimé voir les maisons sortir de terre une à une ou par groupe comme les graines que l’on sème à la fin de l’hiver et qui éclosent au printemps. En quelque sorte, pour nous, c’était Germinal.

« Que le lecteur veuille bien me pardonner ce lyrisme mais voir s’élever les maisons du nouvel Oradour, c’était déjà une revanche. »

Par contre, certains de la nouvelle génération - ceux qui sont nés après la guerre - disent avoir ressenti la proximité des ruines comme une contrainte.

Albert Valade, Oradour la renaissance (Le nouvel Oradour...)
© Éditions de La Veytizou