À la veillée, un soir, à Pétillat,
Jean, le premier valet, rit tant du nabot
Que ce pauvre garçon ne savait plus que faire.
— Allons, dit Chollet, commencez par vous taire
Et pour terminer cette affaire,
Écoutez-moi tous deux.
Un tapis d’Aubusson,
Qui était tout près d’un paillasson,
Pour le railler lui parla de la sorte :
« Dis-moi, parrain, que fais-tu là
Sale et crotté comme un bouc
Derrière la porte
Où l’on met le balai ?
Moi qui suis de la haute noblesse,
Je me carre dans un salon ;
Le matin le soir, un garçon
Vient me brosser par politesse ;
Tandis que toi... Tais-toi donc,
Lui répliqua le paillasson,
« Vilaud », crois-moi, pas d’insolence
Et laisse là ton arrogance.
Ne sommes-nous pas tous deux foulés aux pieds
Par les maîtres, par les valets ? ».

Joseph Bellot-Lagoutte, Le Tapis et le Paillasson
Traduction
© Institut d’études occitanes du Limousin