Ma tante Thérèse habite Volondat, un village peu pittoresque à quelques kilomètres de Saint-Sulpice-Laurière.
Je me suis marié il y a deux mois, à Rivière Salée, une commune rurale de la Martinique, avec Line, une très belle femme de vingt-huit ans, noire et gaie, délurée mais très polie, agréable en société mais incapable de dissimuler le moindre ennui. Ma tante Thérèse est une nature vive et enjouée, toujours heureuse, et qui m’a toujours parue décalée parmi la flore verdouillante et faune taciturne du Nord-Limousin.
Je ne doute pas que la rencontre soit agréable, d’autant que mon épouse est séduite par le paysage vallonné et automnal. Le Limousin, fin octobre, pour peu que le soleil ait obtenu un visa d’entrée, est vraiment très beau.

Nous traversons la place centrale du village, toujours déserte. Ces villages, d’où les petits commerces d’antan ont totalement disparu, jusqu’aux buvettes qui ont fermé au fur et à mesure que la santé des habitants s’altérait au rythme biologique du vieillissement, sont devenus des mouroirs où la dernière activité, après la lecture de la rubrique nécrologique du journal local, est de se compter entre les survivants.

Et même les nouveaux morts se font rares tellement les derniers vivants sont peu nombreux. Le dernier parti fut mon oncle Marcel, il y a deux ans.

Comme dit ma tante Thérèse : « Le jour de la Toussaint au cimetière de Volondat, il y a plus de monde dessous que dessus ! »

Daniel Soulier, Paris-Austerlitz : 1 km 800 (Ma tante Thérèse...)
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