Vers dix-huit heures, une fumée apparaît, une fumée épaisse qui obscurcit le ciel. Des feuilles de papier et des lambeaux de tissu calciné s’émiettent en tombant au sol.

Apportée par le vent, une feuille noircie, mais un peu moins calcinée, tombe près de moi. On peut encore très bien lire ce qui y est écrit : c’est une page d’un livre de catéchisme. L’église d’Oradour brûle. Je me souviens, à cet instant, que nous y avions assisté à la messe de minuit. Ma mère tenait à la célébration de la Nativité. On disait, dans sa jeunesse, que cette messe remplaçait toutes celles de l’année. Je me rappelle notre retour joyeux, en groupe, vers le village. En nous attendant, mon père avait préparé du salé et des boudins. Nous avions réveillonné.

Toujours ce bruit d’armes automatiques, un bruit de mort, qui porte au cœur. De plus en plus angoissé et effrayé, je rentre mon troupeau. Lorsque je regagne le village, ma mère m’apprend le départ de ma sœur. Une anxiété folle s’est emparée de nous tous.

Oradour est un gouffre dont on ne revient pas. Les enfants le matin, Marcel en début d’après-midi, et maintenant ma sœur et les autres mamans.

Albert Valade, La Page de catéchisme (La page de catéchisme...)
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