La baignade dans la Glane
Les mamans sont très malheureuses, leurs filles ne sont plus là, et nous sommes encore des adolescents. Pourtant, elles assument pleinement leur rôle de maîtresses de maison, mais, bien souvent, leurs yeux sont embués de larmes. Nous-mêmes avons des moments difficiles, mais la vivacité et l’égoïsme de nos quinze ans nous poussent en avant. Souhaiterions-nous vieillir vite, et oublier ?
Depuis la Libération, notre loisir favori est la baignade dans la Glane, malgré les inquiétudes de nos mères : « Sa sœur a été brûlée, lui va se noyer. » Il est vrai que cet exercice est encore peu courant. Enfant, j’éprouvais une sorte de crainte quand je passais sur un pont. Je ressentais la même chose lorsque je marchais le long de la rivière, avec, en plus, un léger vertige. Les anciens ne disaient-ils pas que l’eau attire ? J’avais cependant déjà une grande envie d’apprendre à nager.
Le dimanche, des jeunes gens venaient de Limoges, pour se baigner à l’écluse du moulin. Certains savaient nager, et nous les observions avec admiration, surtout ceux qui plongeaient depuis la berge. Un jour, un peu en amont, vers le pont de l’Erbeillou, là où la rivière est moins profonde, après avoir quitté nos chaussures et retroussé nos pantalons, nous avons mis les pieds dans le cours d’eau, en nous retenant aux herbes de la berge pour y pénétrer le plus doucement possible.

Albert Valade, La Page de catéchisme (La baignade...)
© Éditions de La Veytizou