Il [l’énorme rocher de granit] donnait sur un dévalement de prés recouverts de gelée blanche. Une multitude de murets de pierres faisaient un rapiècement de terres minuscules dans la vallée des Couteilles jusqu’à Villevegoux et le Grand Chiroux. Très loin, la masse des Renardières élevait ses taillis jusqu’au brouillard, comme la motte d’un château féodal. Les toits du Grand Chiroux fumaient droit en perçant le ciel. Le Grand Blessac aussi s’éveillait. Le chant des coqs, si lointain, parvenait au cœur de la sauvagerie de la Favillade avec l’arrogance de la domesticité. Vers l’Est, une lueur longue et plate sortait dans le dos du puy de la Faye. Un rouge sang montait de dessus des cimes des sapins qui crénelaient l’horizon comme des remparts. La flaque rouge s’étalait et n’en finissait pas de couler sur les forêts en lisière du ciel. François avait les yeux tournés vers cet évènement.

Jean-Guy Soumy, Les Moissons délaissées (Il donnait...)
© Robert Laffont