Le mois de décembre est souvent doux et beau, en Limousin. C’était le cas, cette année-là. Toute la campagne, blonde, rousse, autour des raies de ses sillons et des alvéoles de ses champs, ressemblait à un gâteau de miel lorsque Philippe descendit de l’autobus. Jeanine l’attendait. (…)

— Marchons un peu, dit-il. J’aimerais connaître votre pays.

Au bout d’un instant, quittant la route, ils entrèrent dans une châtaigneraie dont les feuilles sèches et les bogues piquantes craquaient sous leurs pieds. De petits chemins encaissés entre des talus de terre jaune ourlés par des festons de mousse, les menèrent à l’étang. Tout le ciel, d’un bleu de lin teinté d’ocre et de rose, s’y reflétait. Ça et là, un peu de vent, en le rebroussant et le hérissant de mille minuscules éclats, le parsemait de plaques pareilles à du papier de verre. Derrière, au fond du paysage mamelonné, les collines à l’horizon étaient en velours bleu épais sur lequel les bois sans feuilles estompaient les nuages bruns et rougeâtres de toutes leurs branches frappées par le soleil. D’autres arbres, à contre-jour, se découpaient en noir, avec la tortueuse finesse d’un dessin japonais.

— C’est plus beau maintenant que l’été, je trouve, fit Jeanine. (…)

Ils s’étaient assis sur un banc rustique placé en haut d’une éminence d’où l’on dominait l’étang. Au-dessous d’eux, dans les bouquets de joncs, la tête rouge d’une gallinule apparaissait et disparaissait, comme clignotante sur le tain de l’eau. Philippe se tourna vers Jeanine et, posant son bras derrière elle sur le dossier du banc, lui dit : « Je vous envie ; il me semble que tout doit être facile pour vous ; vous portez la paix dans vos mains. »

Robert Margerit, Le Vin des vendangeurs (Le mois de décembre...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard