La nuit tombait ; l’atelier n’était pas éclairé ; simplement une ampoule cachée sous le socle d’une grande bombonne transformée en aquarium, répandait une faible lueur dans laquelle évoluaient lentement des cyprins dorés et des poissons chinois à queue « de voile ». Par la baie ouverte de tous ses panneaux, entraient les dernières lueurs du crépuscule luttant avec celle des lampadaires de la place. On voyait les marronniers qui bordent celle-ci, du côté du boulevard, élever le mur de leurs frondaisons nouvelles sur le ciel noircissant où parfois se réverbérait quelque éclair produit par le passage des trams. Le ferraillement de ceux-ci arrivait, atténué et se mêlait aux accents lointains d’une romance nasillée par le phonographe de l’éternel marchand de disques de la rue Jean-Jaurès.

Robert Margerit, Le Vin des vendangeurs (La nuit tombait...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard