À l’Évêché, Adry et lui s’assirent sous les tilleuls, en face du bassin. Un vent léger faisait voler en brume le panache du jet d’eau. L’ancien palais des évêques élevait à leur droite sa façade noble et calme ; à leur gauche s’étendait la vallée de la Vienne que l’on voyait briller et se perdre entre la sinuosité des collines. Des enfants jouaient. La tour de la Cathédrale, montant au-dessus des berceaux d’arbres, était toute pâle de soleil ; et par-dessus le jardin, par-dessus la vallée, le ciel ouvrait un grand espace de fraîcheur.

D’un air vague et rêveur, sur un ton de confidence, Philippe parlait de son goût pour cet endroit, de Limoges, de lui-même. Il semblait livrer dans un élan de familiarité le plus secret de ses pensées, et amenait ainsi sa compagne à une identique réciprocité de sentiments, à des confessions, à des révélations.

Robert Margerit, Le Vin des vendangeurs (À l’Évêché...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard