Le soleil de cinq heures ardait puissamment. On arrivait à la fin juillet. L’air était si dense et si cristallin que, de la route qui va de Saint-Angel à Saint-Étienne-la-Geneste en suivant une croupe, on percevait à l’horizon la ligne bleue des monts de Combraille, plus près le serpent clair de la rivière des Salles et, piquetant la mosaïque des champs, les clochers de Saint-Angel, de Saint-Étienne, de Chirac. Tout à fait au sud, ceux de Neuvic, de Sainte-Marie-la-Panouze, de Léginiac, estompaient leurs flèches ardoise sur le fond sombre des bois de Saint-Pantaléon.

Déjà la brume des beaux soirs d’été poudroyait dans le val, par-dessus la rivière où des vaches conduites par un petit goujat descendaient boire. Elles meuglaient. Des chars au moyeu bavard cahotaient sur le pavé du roi. Dans les terres, des lignes d’hommes courbés s’avancaient d’un mouvement égal, ondulant au rythme des coups de faux. Derrière eux, les femmes avec les grands râteaux de bois rassemblaient les épis en javelles.
Une de ces rustiques campée sur ses hanches de poulinière éleva un cruchon rafraîchi par une serpillière humide ; renversant la tête, elle s’envoya dans le gosier un trait d’eau qui brilla. Quelques gouttes tombèrent dans le sillon de sa poitrine où collait la chemise trempée de sueur. La femme chatouillée frissonna et rit.

Quelle paix !
Soudain, couvrant les bruits des champs, monta, grandit le bruit d’un galop. Un courtaud poil au rat, lancé ventre à terre, parut au détour de la route. Des femmes — gent curieuse — s’appuyèrent sur les râteaux. Elle purent à peine reconnaître le cavalier à sa veste de siamoise bleue. Courbé sur sa bête, il passa dans un tourbillon de poussière.

Robert Margerit, L’Aventure de monsieur de Douhet (Le soleil...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard