Pour aller sur son chantier dans les bois de Lespinasse, propriété de M. de Labourandie, il y a trois bons kilomètres. Piarou monte la côte à la sortie du bourg pour atteindre le petit village de Peyradis. A partir de là, la route est sinueuse, mais c’est presque plat. On surplombe par endroits le bourg de Faugeras ; la vue sur la vallée est superbe, féérique, avec le soleil d’automne sur les bois de toutes essences ; les ors, les bruns, les jaunes, des hêtres, chênes d’Amérique, châtaigniers, chênes têtards, saules ou bouleaux. Et Piarou arrive à ce qu’on appelle la lande de Bramevache. C’est effectivement une lande inculte où rien n’a jamais pu pousser, disent les paysans. Le sol, trop acide sans doute, n’y peut nourrir que de maigres fougères, des ajoncs nains, des herbes folles et de la bruyère. Cette lande borde la route à gauche, elle s’étend sur des hectares, aucun chemin ne la traverse. Il faut aller loin jusqu’à la limite des terres cultivables, pour trouver, toujours sur la gauche, un chemin charretier, carrossable, qui mène aux bois de Lespinasse, de l’autre côté de la lande.

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Pour aller à Lestrugeas, Piarou n’avait pas à repasser par le bourg de Faugeras. Il prenait un raccourci par un chemin entre les bois de Lespinasse et la lande de Bramevache avant de retrouver une toute petite route qui descendait sec en se tortillant entre les haies vives bordant les champs et les prés des paysans du village.

Panazô, L’Argent du ciel (Pour aller sur son chantier...)
© Lucien Souny