La place Fontaine-des-Barres se situait en plein centre-ville. À défaut d’analyser les raisons qui m’amenaient dans cet endroit, je m’étais intéressée à sa topographie et à son histoire. Le taxi me déposa au bout de la rue des Filles-Notre-Dame.
— Vous y voilà, m’indiqua le chauffeur en tendant un doigt vers les pavés.
Son accent chantant sans être méridional me rappela que j’étais bien à Limoges. Je réglai la course. Il me donna sa carte, « au cas où vous auriez besoin », je remerciai et sortis du véhicule. Une fraîcheur mêlée d’humidité me tomba sur les épaules. Je n’avais pas prêté attention à la météo à ma descente du train tant j’étais pressée d’être sur mon lieu de rendez-vous ; maintenant c’était différent. Je calai mes mains dans les poches de mon jean et pris une profonde inspiration. J’étais évidemment en avance sur l’horaire fixé avec mon commanditaire. Je levai les yeux vers les maisons à colombages sorties tout droit des XVIIe et XVIIIe siècles. La rue des Filles-Notre-Dame, qui devait son nom au couvent qu’elles occupaient aux alentours des années 1600, m’amena devant la fontaine. Une sorte de monolithe pyramidal s’élevait au centre d’une cuvette carrée exempte d’eau. Si le panonceau n’avait confirmé qu’il s’agissait de l’emplacement de l’ancienne fontaine, j’aurais pensé à un quelconque monument aux morts, statues des martyrs en moins. J’en fis le tour à pas lents, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, à l’image d’une moine bouddhiste récitant un mantra. J’observais le détail de la construction et n’en gardais pas moins mes sens ouverts sur ce qui ne se voyait pas.

Véronique Bréger, Le Baiser du Pénitent (La place Fontaine-des-Barres...)
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