Elle examina plus en détail les illustrations qu’elle venait de réunir. L’une des tours du château, nommée tour du diable, semblait être désignée pour être la prochaine étape de ses pérégrinations. Il s’agissait plus exactement de s’enfoncer sous l’édifice, via un escalier taillé dans la roche. Si elle se référait à ce qu’elle avait entendu lors de sa visite, l’accès se situait sous le niveau de la cour, pour autant et selon les dires de la guide, le château ne disposait n’y d’oubliettes ni de souterrains. La jeune femme leur avait conté la légende datant de 1227 d’après laquelle Satan se serait déguisé en gentilhomme afin de séduire la fille du seigneur de l’époque. Ayant reconstruit en une nuit la fameuse tour détruite par un tremblement de terre en échange de la jeune vierge, il était prêt à prendre possession de son présent, quand une gerbe d’eau bénite l’avait confondu. Il s’était alors volatilisé dans les entrailles de la Terre en régurgitant flammes et blasphèmes. Il y a toujours une part de vérité dans les légendes, songea Jin Mei Yan en regagnant le perron principal. Disparaître dans les sous-sols offrait une traduction tangible à la fable.

Véronique Bréger, La Vengeance de Mademoiselle Jin (La légende de la tour du Diable)
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