Le bourg de Coussac-Bonneval se réveilla sous une pluie battante. Rien d’exceptionnel pour un mois de janvier dont les températures restaient, selon les bulletins météo, au-dessus des normales saisonnières. Le premier à relever ses stores et à apprécier le déluge fut le boucher. Les baies vitrées de sa boutique située non loin de l’église du XVe siècle offraient une perspective imprenable sur la rue principale, baptisée Avenue du 11 novembre 1918, qui prolongeait la rue Bonneval-Pacha nommée ainsi en l’honneur de l’illustre personnage de la commune. Il observa un court instant les clapotis en forme de gerbes brillantes qui dégoulinaient vers les caniveaux. L’épaisseur de la couche de nuages présageait une journée triste et sombre, peu propice aux allées et venues de la clientèle. Il avisa l’unique véhicule garé sur l’un des stationnements non loin de sa devanture, une Mercedes immatriculée en région Centre. Celui ou celle — il ne voyait rien à cause du rideau de pluie sur le pare-brise —, qui se tenait derrière le volant ne paraissait pas enclin à sortir de l’habitacle.
— S’il attend que ça se calme, il en a pour un moment, marmonna-t-il en se tournant vers son étal. Bon, c’est pas tout ça, faudrait peut-être se mettre au boulot !
Aydin avait déjà mis fin au ballet incessant des essuie-glaces quand il coupa le contact. Le type dans l’échoppe face à la Mercedes tourna le dos et disparut dans son arrière-salle. Il tombait des cordes depuis plus de cent kilomètres ; loin de le gêner, cette météo exécrable le comblait. On était moins curieux par sale temps.

Véronique Bréger, La Vengeance de Mademoiselle Jin (Le bourg de Coussac-Bonneval...)
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