L’autoroute traversait des paysages aux formes arrondies. Du vert, du vert et encore du vert. J’ouvris la fenêtre. Une odeur de nature, herbe et fleurs, s’insinua dans l’habitacle. Je me mis à sourire. Sacré Félix. Je suis heureuse de venir te retrouver au fin fond d’ailleurs. Je bifurquai à la sortie numéro 40 en direction de Pierre-Buffière. A partir d’ici, c’est l’aventure. Je me débrouillai correctement sur les deux premiers kilomètres, puis, comme prévu, je loupai la route. Je m’égarai dans une voie sans issue, puis dans une allée menant à une ferme. Demi-tour en règle. Le trajet initial faillit se transformer en périple homérique mais miracle : je me trouvai devant le panneau Coussac-Bonneval, première étape de mon expédition. Son château du XIVe siècle, son église du XVe, sa lanterne des morts. Tout un programme. A l’entrée du village, la route suivait une allée plus ancienne, bordée de gros châtaigniers. Je découvris les tours du château en même temps qu’une place gardée par le soldat du monument aux morts pour la France. Je garai l’auto en face du militaire de pierre et m’arrachai du siège. Ma montre affichait 13h45.Pressée de me lancer sur les traces de Félix j’avais oublié de déjeuner et mon estomac me rappelait à l’ordre. Espérons que tout ne soit pas du XIVe ou du XVe siècle par ici. Il doit y avoir un bistrot, ou une boulangerie dans les parages. Je m’engageai dans la rue principale. Les enseignes me rassurèrent illico. Un bar-restaurant. Un bar. Une supérette. Une boulangerie pâtisserie. Un caviste. Un second restaurant. Une boucherie-charcuterie. Un fleuriste et même un salon de coiffure. Je devinai, plus avant, un marchand de journaux et son enseigne de la Française des Jeux. Alors, rassurée la Parisienne ? minauda ma voix intérieure. J’entrai dans le premier bar-restaurant. Toutes les conversations stoppèrent. Les regards se mirent à converger dans ma direction.

Véronique Bréger, La Nuit des Orpailleurs (L’autoroute...)
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