Ils piquent au nord par la Combraille. Les arbres sont nombreux et resserrent leur emprise. Les pentes des collines portent les découpes de petits champs bordés de murs de pierres sèches. Vers le soir, après une chevauchée de sous-bois, ils s’arrêtent en lisière d’un boqueteau de hêtres. Les chevaux foulent les crosses des fougères. A leurs pieds gît Bourganeuf, grand prieuré d’Auvergne. La ville compte environ mille âmes dont une garnison de deux cents hommes et une vingtaine de religieux. Le couvent des Chevaliers prend des allures de château et jouxte l’église Saint-Jean à même hauteur. Sous leurs ailes maternelles se blottissent quelques maisons basses. Des hauteurs qui la dominent, la ville semble vouloir écarter les forêts qui l’encerclent et la harcèlent de leurs pousses incessantes. Pour la paix des yeux un étang bien rond la sous-tend, aux eaux profondes bordées d’iris jaunes. En venant du pont du Thaurion, on y accède par des chemins de ravines, de tuf et d’éclats de granit. Pour cette raison, les hommes ne se déplacent pas sans un bâton qu’ils font l’hiver quand la neige empêche toute activité et que la lumière du feu de cheminée est suffisante pour creuser le coudrier d’incomparables entrelacs de serpents qui vomissent dans le pommeau leurs têtes chimériques.

Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman (Ils piquent au nord par la Combraille...)
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