A Bourganeuf, les maçons et les tailleurs de pierre ont bâti sa prison : un gros cylindre de six étages, une tour comme un arbre de plus dans la forêt qui l’entoure, pour l’y tenir fermé à l’abri de toute vicissitude. Le premier étage est souterrain, c’est un cellier. Le deuxième est la cuisine, une trappe ouvre sur un puits au milieu de la cave. Le troisième loge une partie des serviteurs. Zizim occupe le quatrième, ses proches le cinquième. Les frères chevaliers qui le gardent sont au sixième. En haut, sous le toit, vivent les artisans attachés à son service. Son royaume est vertical, son ennui quotidien. Il lui reste deux tapis où il attend, jambes croisées, de voir passer dans l’embrasure d’une fenêtre le vol favorable d’un oiseau. Le monde est un éboulis au pied de la tour, un bruit lointain qui se concrétise parfois dans le récit d’un gardien désœuvré. C’est ainsi qu’il apprend qu’au mois de mars de cette année René, duc de Lorraine, a tenté de l’enlever. Trente hommes de Nancy partirent à Bourganeuf pour le saisir au gîte. L’aventure tourna court près d’Avallon, le second samedi de carême, où les gens du roi les arrêtèrent. Bassompierre et Germiny qui menaient la troupe furent emprisonnés au château d’Angers. Ils disaient ignorer les raisons de l’entreprise.

Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman (À Bourganeuf...)
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