Le mardi vers 14 heures, Dumontel garait sa Golf sur le parking du Centre de la Mémoire d’Oradour. Comme d’habitude, il y avait des cars et de nombreuses voitures immatriculées de départements lointains. Il vit le break Peugeot de France 3 Limousin. Le journaliste attendait, nonchalamment adossé à la portière, tirant sur une clope. Monquard était grand, filiforme ; l’allure d’un adolescent mal dans sa peau. Il était vêtu d’un jean, d’un tee-shirt trop grand, d’un blouson trop juste et, aux pieds, de tennis vintage.
— L’inspecteur va bien ? dit-il avec un regard malicieux. Monquard avait cogité – au dernier moment – un plan de tournage. Mais il savait avec précision ce qu’il voulait. Enfin… ce qu’il ne voulait pas.
— J’ai bien senti, hier, votre réticence à venir tourner ici… ne vous inquiétez pas, on va pas faire dans le morbide, ni dans le grotesque. Je ne veux pas filmer dans le village martyr. Mais je veux une symbolique, je veux que les images posent les questions qui restent sans réponse… On va faire deux plans fixes.
— Ici ?
— Oui. Le premier sur le parking, on fera l’interview en surplomb du toit contemporain du Centre, avec en fond, dans le lointain, le village. Puis, deuxième plan, votre silhouette qui se reflète dans les grandes baies vitrées de la façade.
— C’est vous le journaliste… dit Dumontel, qui sentit que Monquard était bien au-dessus de la moyenne.
— Et les questions ?
— C’est vous le flic ! Monquard eut un sourire complice.

Franck Linol, Matin de cendre (Le mardi vers 14 heures...)
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