L’Œuvre vive Son intention...

Jean-Guy Soumy, L’Œuvre vive, Robert Laffont, 2006, p. 405-406.

© Robert Laffont

Markus poursuit :
Il a agi depuis le début avec l’intention... Markus s’interrompt, reprend son souffle.
— L’intention de vous intégrer totalement à son œuvre. Regardez le bourg, le ruisseau, les fermes alentour, tout est dans l’ellipse.
— On en fait partie, en somme ?
— Exactement ! s’exclame Markus. Vous êtes à l’intérieur de cette œuvre immense.
Quelques toussotements.
— Pourquoi ?
— On ne sait jamais pourquoi un homme agit vraiment dès lors que ce qu’il accomplit est essentiel à ses yeux. C’est ainsi. Il faut apprendre à recevoir sans demander pourquoi.
— Recevoir ?
— Parfaitement. Recevoir.
— Mais ce n’est pas à nous, tout ça. On va nous le prendre.
Les esprits ont conservé le souvenir de la manière dont Provenchère a été mis sous clef dès la mort de Ben. Markus ménage un temps.
— Peu avant sa mort, Ben m’avait écrit. Il a fait don à la commune de tous les terrains achetés par une société immobilière agissant en son nom. Des dizaines d’hectares sur lesquels est placé l’essentiel de son travail. Le reste des terrains concernés appartient à des personnes qui sont parmi vous, comme Elma et Jean qui possèdent les rochers des Bruges.
— C’est à nous, alors ?
— C’est bien davantage, dit Markus. C’est vous.

Jean-Guy Soumy, L’Œuvre vive (Son intention...)
© Robert Laffont

À propos de L’Œuvre vive

Un petit village de la Creuse est bouleversé par l’arrivée d’un artiste de land art mondialement connu.

Que vient faire cet Américain dans ce village d’une Creuse échouée sur les rives du présent ? Cet étranger arpente le pays et parsème les lieux de trucs à sa manière : quatre femmes de lierre et de feuilles faisant l’amour aux arbres dans les bois, une croix lumineuse sur l’étang, une ligne droite dans les champs...
Ben Forester, qui s’appelait autrefois Benjamin Forestier et vivait au pays, est venu redessiner à sa manière le paysage de son enfance. Son projet artistique va bouleverser la vie des villageois...
En s’appropriant leur espace, en détruisant l’immobilité de leur existence, Ben oblige les habitants à se remettre en question. Mais tous ne sont pas prêts à accepter l’éphémère, à se décomposer pour se recréer, à se dépouiller pour s’enrichir. Il suffit pourtant d’un rien pour que tout bascule. Bouleversée par ces étranges constructions, Elma apprend à revenir à la vie après la mort de son enfant. Estelle, la jeune institutrice, défie les bonnes mœurs pour plonger dans l’amour. Barthélemy, lui, choisit le passé contre le présent, jusqu’à la mort.

(Robert Laffont)

Pour créer le personnage principal de l’Œuvre vive, Jean-Guy Soumy s’est nourri de nombreux artistes du land art dont certains qui sont passés en Limousin et dont on peut découvrir les œuvres au Centre international d’art et du paysage de Vassivière ou au Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart.

Le land art, qui est le personnage principal, est une manière de réenchanter le monde rural et le monde dans sa généralité. Plus qu’une toponymie précise, c’est un collage de différentes sensations et approches de la géographie du Limousin.

(Jean-Guy Soumy)

Localisation

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