Siegfried et le Limousin

2 œuvres

L’œuvre et le territoire

Au début des années 1920, Jean — narrateur dont la vie et les souvenirs sont très proches, voire identiques, à ceux de l’auteur lui-même — est intrigué par les similitudes entre certains articles allemands signés Siegfried Von Kleist et ceux écrits par son ancien ami Jacques Forestier, tenu pour mort à la guerre. Il décide alors de se rendre à Munich pour rencontrer Siegfried qui se révèle bien être son vieil ami devenu amnésique à la suite d’une blessure de guerre. Pris pour un Allemand, Siegfried a été recueilli sur le front et est devenu une personnalité politique de renom.
Sans dévoiler son identité, Jean entreprend de rendre la mémoire à son ami en devenant son professeur de français.

Je retirai ma main aussi vite que je le pus, comme si c’était à elle qu’il allait se reconnaître, et je me plaçai à contre-jour, dans la crainte que ma vue n’agît trop brusquement, mais c’était une crainte vaine. Tout droit, chargé de son passé à lui, de son triomphe au baccalauréat à Poitiers, de sa sœur écrasée à Boussac, de sa patrie Limoges, de notre promenade à Dampierre sur un char à bancs à coussins tigrés, de son désespoir le jour de rentrée au lycée Lakanal où il s’était assis avec son complet blanc dans l’encrier, je restais à ses yeux le fils d’une dame de Montréal, baigné dans le Saint-Laurent, frotté dans la neige.

Jean Giraudoux, Siegfried et le Limousin, Le Livre de poche, 1991, p. 110-111.

Siegfried finit par découvrir sa véritable identité et hésite alors entre son pays d’adoption et son pays d’origine.

Antoine Blondin trouve à résumer et brièvement analyser ce roman dans son compte rendu d’une étape du Tour de France 1960 passant à Bellac pour s’achever à Limoges, intitulée, fort à propos, « Siegfried revient en Limousin ».