Le Vin des vendangeurs Ses fenêtres donnaient...

Robert Margerit, Le Vin des vendangeurs, Éditions Colbert, 1946, p. 401.

© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

Ses fenêtres donnaient sur la rue du Clocher ; on pouvait à tout moment plonger dans un incessant flux et reflux de gens qui, pendant douze heures, faisaient un grondement de houle. À la veille des Rameaux, les marchands de buis s’installèrent en face, sur la petite place grise, aux pavés roses, fermée par l’austère façade de Saint-Michel précédée de ses lions informes. Une odeur forte, amère et roborative, s’infiltrait jusque dans les pièces les plus reculées, chargée de souvenirs enfantins. De derrière les carreaux, dans la salle à manger, Mora considérait, avec une nostalgie venue de ses dix ans enfuis, les fragiles édifices de buis aux branches recourbées, liées à des baguettes d’osier écorcées, en forme de sceptres, de couronnes, de tiares. Bientôt y seraient suspendus, pour la joie des enfants, les chenilles de clinquant, les chaînes en sucre candi, les œufs en chocolat ; on ornerait le manche d’une poignée en papier d’argent et d’une collerette blanche, bleue et rose.

Robert Margerit, Le Vin des vendangeurs (Ses fenêtres donnaient...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

L’œuvre et le territoire

La tradition limousine des rameaux de buis, vendus notamment place Saint-Michel et que l’on décore de chapelets de meringues avant de les faire bénir à la messe des rameaux, reste encore très vivace et fait le ravissement des jeunes enfants.

À propos de Le Vin des vendangeurs

Bien qu’il soit paru en 1946, Le Vin des vendangeurs a été conçu et ébauché beaucoup plus tôt. Dans ce roman d’apprentissage qui se déroule à Limoges, l’accent est mis principalement sur deux jeunes étudiants qui cherchent leur voie, Sylvain Lazare dans la peinture et Philippe Mora dans l’écriture. On retrouve ainsi avec intérêt les deux facettes de Robert Margerit qui oscilla entre ces deux passions.
Parallèlement se poursuit leur « éducation du cœur et des sens » auprès de personnages féminins qui annoncent les romans à venir : la femme mûre, « païenne et intelligente », la jeune femme vénéneuse et exclusive, mais aussi la jeune fille encore candide qui promet un bonheur simple.

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