Service Cérès riche - Surtout aux échassiers

Manufacture Pouyat, Service Cérès riche - Surtout aux échassiers
Photo : Ciria Michel via Flickr.
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L’œuvre et le territoire

Ce surtout de la manufacture Pouyat constitue l’un des chefs d’œuvre de la porcelaine de Limoges. Il représente les fameux « blancs de Limoges » qu’un manufacturier présentait ainsi :

Le blanc n’est pas seulement notre luxe, il est encore notre honneur ; l’obtenir superbe n’est pas affaire de vanité, c’est une question de conscience et, en matière de conscience, on ne saurait montrer trop de délicatesse.

La seconde moitié du XIXe siècle constitua un âge d’or pour la porcelaine de Limoges, dont l’excellence fut reconnue dès la première Exposition universelle organisée à Londres en 1851. Plusieurs facteurs expliquent ce succès : les kaolins employés, qui étaient d’une qualité sans égale en Europe, les tours de main et savoir-faire développés au sein des usines, ainsi que le talent des artistes sollicités par les manufactures pour créer de nouveaux modèles. À cela s’ajoute l’audace d’entrepreneurs qui n’hésitèrent pas à aller à contre-courant du goût dominant en proposant des pièces vierges de tout décor ; face à la concurrence d’autres pays européens, sa finesse, sa blancheur et sa translucidité valurent honneurs et distinctions à la porcelaine de Limoges.

1855 est l’année de la consécration pour la manufacture Pouyat. Elle présente son service Cérès riche à l’Exposition de Limoges, ainsi qu’à l’Exposition universelle de Paris où elle obtient la médaille d’or. Ce succès est dû à la collaboration étroite entre les ouvriers de la manufacture et l’un des sculpteurs les plus distingués de Paris, Paul Coloméra. Le Cérès riche est probablement une de ses premières œuvres pour Limoges. La particularité de Paul Coloméra est d’appliquer à la porcelaine des détails généralement réservés à l’orfèvrerie.

Le Cérès riche est un service de table des plus complets dont la pièce maîtresse est le surtout. L’illusion générale traduit des échassiers qui se nourrissent dans un étang.
Le thème du service est celui des produits de la terre, Cérès étant une déesse mère et nourricière. Chaque élément est composé comme une sculpture autonome, le ciseau intervenant directement dans la matière. Comme pour une nature-morte, l’étude botanique est prépondérante à cette réalisation. De nombreuses pièces du service présentent des poignées stylisées en forme de légumes.

La porcelaine de ce service associe le brillant de l’émail à la mateté du biscuit. La matière est presque transparente comme une lithophanie. D’ailleurs, selon les témoignages, lors de leur création les assiettes du service furent accrochées devant une fenêtre afin d’en apprécier toute la transparence.
Enfin, la légende veut que ce service fût tellement apprécié par le Tsar de Russie qu’il s’en fit commander un exemplaire.

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