Droséra Tòrna

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Julie Navarro & élèves du collège Jean-Picart-Le-Doux de Bourganeuf, Les Gisants
Photo : Julie Navarro.
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L’œuvre et le territoire

Dans le cadre du projet Droséra qu’elle développe depuis plusieurs années dans les tourbières du Limousin, Julie Navarro a travaillé avec des élèves du collège Jean-Picart-Le-Doux de Bourganeuf avec la complicité des enseignants Frédéric Lagarde et Sophie Noguet et d’Adélaïde Laoufi-Boucher du Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière.

Les collégiens ont approché la mémoire du paysage en modelant la terre extraite en profondeur par une « gouge » prêtée par le Conservatoire naturel du Limousin. La pénétration de la terre par la pelle s’est accomplie à l’image d’un antique rite de la fertilité permettant d’assurer la continuation de la vie et de « fouiller » les subconscients. Ils ont chauffé la terre dans leurs mains et ressenti les temporalités lointaines et la mémoire des hommes.
Fascinés par l’histoire des momies retrouvées conservées dans la tourbe — leur beauté ambrée leur conférant une valeur esthétique —, ils ont façonné des têtes de gisant ou tòrna (fantôme en occitan) pour traverser les âges, transcender l’histoire et réveiller la mémoire de leurs ancêtres : mystique du sommeil souterrain.

À propos de Droséra

Droséra, du grec ancien « couvert de rosée », est le nom d’une plante carnivore présente dans les tourbières du Limousin, sujet du projet éponyme de Julie Navarro.
Fascinée par leur esthétique atemporelle et les millions d’années inscrites dans leurs profondeurs, Julie Navarro propose de sonder les mystères que ce paysage a traversé au fil des siècles et les traces laissées par la main de l’homme.

C’est d’abord une expérience intime qui m’a confrontée physiquement au paysage des tourbières du Limousin. Leur esthétique atemporelle, les brumes oniriques, les parfums d’humus et de terres, les bruits de l’eau dispersée dans l’immensité des étendues, l’ondulation des herbes m’ont absorbée et mise en dialogue avec la surface de ce paysage irréel. [...] La terre de tourbe, issue de la lente décomposition partielle de la sphaigne, croît au rythme d’un millimètre par siècle, elle transporte une densité historique puissante, de l’âge du christ à l’âge de fer. Les palynologues peuvent y lire, à travers l’analyse des pollens, les liens philosophiques, politiques, spirituels qui unissent l’homme et le paysage. La tourbe est une mémoire vivante qui témoigne des engagements de l’homme.
C’est cette histoire des hommes et de la nature, enracinée dans des espaces-temps mouvants, que j’ai voulu interpréter et fixer dans une esthétique nouvelle.

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