Saint Léonard – Chlodwig-le-Chevelu

Élie Berthet, Saint Léonard – Chlodwig-le-Chevelu, dans ses « Chroniques limousines » pour le journal le Siècle, 1838 (disponible sur la Bibliothèque numérique du Limousin).

2 œuvres

L’œuvre et le territoire

Avec Saint Léonard – Chlodwig-le-Chevelu, Élie Berthet propose, d’une certaine façon, la vie de saint Léonard, restée très longtemps de tradition orale, et revient donc sur les origines de la fondation de la ville de Saint-Léonard-de-Noblat.

Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, dans une de ses Lettres sur le Limousin, nous donne une version quelque peu différente de cette légende de la fondation de Saint-Léonard-de-Noblat. Surtout, épris d’étymologie, il nous apprend que le Chlodwig d’Élie Berthet devrait être en fait plutôt Chlodowig ou Hlodo-Wig (dans l’idiome tudesque), ou, plus simplement, Clovis.

Vainqueur ensuite d’Alaric, tué de sa propre main, le robuste et infatigable roi des Francs, se rendant de Bordeaux à Paris, s’arrêta à Limoges, où les plaisirs de la chasse aux bêtes fauves le retinrent longtemps. Clotilde, impatiente et oubliant les dangers d’une longue route dans l’état où elle se trouvait, quitta Paris et vint rejoindre son royal époux. Sur la rive gauche de la rivière de Vienne, à quelques lieues de Limoges, sur un mamelon contourné par les eaux, au milieu de bois épais, s’élevait un castel fortifié dont l’origine se perdait dans la nuit des temps. [...]

La reine, dans les douleurs d’un enfantement laborieux, se mourait [...] L’un des guerriers de la suite de Clovis parla d’un saint ermite ayant nom Léonard, célèbre dans toute la contrée par sa vertu, sa piété et les cures merveilleuses dues à ses prières. Il vivait de prières et d’aumônes dans un lieu appelé Panù, Panac ou Pauvin. Sur l’ordre de CLovis, vingt hommes d’armes s’élancent vers la forêt voisine, traversant la Vienne là où est aujourd’hui le joli pont qui réunit les deux rives, grimpent la colline et parcourent dans tous les sens la forêt qui couvre le coteau. Au milieu de ces bois, que la cognée n’a point encore frappés, dans un fouillis épais de chênes où pend le gui sacré, tout auprès d’une grotte naturelle, s’élevait en effet l’ermitage du pieux cénobite, brusquement arraché à ses prières, il est entraîné ou plutôt enlevé et transporté au château où règne en ce moment un silence funèbre.

Mis au fait en quelques mots de ce qu’on attend de lui, Léonard pénètre en hésitant dans cette pièce sombre, où sous le dais royal gît inanimée la malheureuse Clotilde. L’homme de Dieu [...] entre en silence. Il s’approche de ce lit aux crépines d’or, ses grands yeux brillent sous leurs arcades enfoncées ; sa bouche a souri sous sa barbe inculte ; il a compris le suprême effort de la nature. Il tombe à genoux... [...] Un cri suprême a retenti... Clotilde est sauvée ! Un prince est né... [...] Le roi a demandé au pieu cénobite :
« Que veux-tu ?
— Le terrain que parcourra mon ânesse du lever au coucher du soleil. Que nul n’y pénètre désormais sans mon ordre ; que cet espace, consacré à Dieu, soit sacré pour tous.
— Cela sera », dit le puissant monarque.

Et l’enceinte, parcourue à pas lents par la modeste monture du saint homme, renferma tout le plateau couvert de bois où se trouve aujourd’hui la ville de Saint-Léonard. Autour de la demeure de l’homme de Dieu accouraient de toutes parts de nombreux pèlerins, s’élevèrent bientôt de nombreuses chaumières, puis un bourg, puis une ville.

Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, Lettres sur le Limousin, Les Ardents Éditeurs, 2013, p. 80-81.