Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin Saint-Junien

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin, H. Fournier (Paris), 1838, p. 103-111.

Saint-Junien a été fondé vers le commencement du VIe siècle. Ce fut d’abord un monastère. Supprimé à la fin du Xe siècle, il devint collégiale. On rapporte que l’église fut détruite par les barbares vers 850, puis rebâtie en 880. Toutefois je ne pense pas qu’il subsiste rien des constructions de cette époque. A mon avis, l’église actuelle, du moins la plus grande partie, daterait du milieu du XIe siècle. A la fin du XIIe siècle, on aurait retouché la façade et peut-être encore les dernières travées du chœur. Voilà les conclusions les plus probables que fournissent les caractères de l’architecture.

Au milieu du chœur, derrière le maître-autel, et fort maladroitement scellé à celui-ci, on voit un tombeau en pierre calcaire très fine, fort orné de sculptures, qui, d’après la tradition, renferme les reliques de saint Junien. On ne les montre qu’en certaines occasions solennelles. Trois des faces latérales du tombeau sont à découvert ; la quatrième est cachée par le maître-autel ; je ne sais si elle est aussi ornée que les autres. Le côté gauche du tombeau représente la Vierge dans une vesica piscis, entourée de rinceaux et d’arabesques bysantines, d’une grande richesse et d’un beau travail. Sur ses genoux est l’enfant Jésus, debout et la main élevée pour bénir. Il y a de la grâce dans la position de la Vierge et dans l’ajustement de ses draperies qui, bien qu’un peu raides, ne manquent pas d’une certaine élégance. On remarque aux deux pointes de la vesica piscis deux anges les mains élevées, dans des attitudes tellement forcées qu’on les prendrait, n’étaient leurs ailes, pour des bateleurs faisant le saut périlleux ; mais on sait que dans les principes de la sculpture bysantine, l’important est de ne pas laisser de surface lisse ; la vérité des poses ne vient qu’après. Sur la face du tombeau opposée à celle-ci, vingt-quatre figurines, dans des niches ornées, représentent, je crois, les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse. Tous sont assis, mais chacun dans une attitude différente. Ils tiennent d’une main un instrument de musique à cordes, une espèce de guitare ou de vielle ; de l’autre, quelque chose qui doit être une lampe. La dernière face du tombeau, tournée vers l’Ouest, présente le Christ entouré des attributs des évangélistes, aussi remarquable que la Vierge par l’exécution des draperies et des détails.

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin (Saint-Junien)

L’œuvre et le territoire

Prosper Mérimée s’attache ici à décrire l’église de Saint-Junien, objet de ses inquiétudes et qui avait fait l’objet d’une lettre adressée depuis Limoges au ministre de l’Intérieur qui « avait bien voulu [...] lui accorder un secours. »

À propos de Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin

Parues en 1838, les Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin sont en fait des extraits d’un rapport adressé au ministre de l’Intérieur par Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques.

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