Raoul Hausmann photographie Limoges

À l’occasion de sa réouverture annuelle, le musée départemental d’Art contemporain de Rochechouart propose une nouvelle exposition consacrée à Raoul Hausmann, centrée sur ses pratiques photographiques de l’immédiat après-guerre à 1960. « Raoul Hausmann et la photographie (1946-1960) » est donc l’occasion d’une plongée dans le fonds exceptionnel que possède le musée et de présenter les recherches que l’artiste a effectuées, produisant photographies, photogrammes, photopictogrammes, photomontages...

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Olivier Michelon présente Raoul Hausmann
Interview réalisée en 2010.
© Centre régional du livre en Limousin

Né en 1886 à Vienne, installé à Berlin dès 1900, Raoul Hausmann commence par étudier la peinture à la charnière des années 1910. Marqué par l’expressionnisme allemand puis inspiré par les mouvements futuriste et cubiste, Raoul Hausmann rejoint le mouvement Dada, né à Zurich au cabaret Voltaire en 1916, dès son introduction à Berlin, au début de l’année 1918, lorsqu’y est fondé le « Club Dada ». Même, il en est l’un des principaux animateurs, proposant textes théoriques, manifestes, produisant ses premiers poèmes phonétiques qu’il déclame et publie sous forme de « poèmes-affiches ». Il dirige également les trois numéros de la revue Der Dada entre 1918 et 1920.
En 1918, il découvre le principe du photomontage ; en 1919-1920, il réalise la sculpture-assemblage L’Esprit de notre temps — Tête mécanique ainsi que divers dessins ou peintures sur le thème de l’homme-mannequin, influencé par Giorgio de Chirico.

Raoul Hausmann poursuit ses recherches artistiques tout au long des années 1920 et 1930, ces dernières étant marquées par ses multiples exils qui le mèneront finalement à Limoges où il finira ses jours. Déclaré « artiste dégénéré » après l’arrivée au pouvoir des nazis au début de 1933, Raoul Hausmann quitte l’Allemagne peu après l’incendie du Reichstag pour Ibiza, en Espagne, île blanche en Méditerranée pour laquelle il se passionne et qui marque durablement son travail photographique. La guerre civile espagnole le voit quitter l’Espagne pour la Suisse d’où il est expulsé en 1937. Il séjourne alors à Prague en Tchécoslovaquie avant de rejoindre Paris en 1938. En 1939, Peyrat-le-Château en Haute-Vienne voit s’installer Raoul Hausmann et sa femme, Hedwig ; là, il y rencontre Marthe Prévot qui partagera la vie du couple jusqu’à leur mort.

Raoul Hausmann en 1967 tenant sa sculpture-assemblage L’Esprit de notre temps - Tête mécanique (réalisée vers 1920)
Prise de vue Marthe Prévot.
Épreuve gélatino-argentique ; collection : musée départemental d’Art contemporain de Rochechouart.
© Droits réservés

Parmi les personnages singuliers qui se réfugièrent à Peyrat-le-Château pendant la Seconde Guerre mondiale, l’un d’eux était un aventurier de l’esprit aux multiples audaces. [...] Nous ignorions tout du dadaïsme, naturellement, mais nous supposâmes que cela devait définir une activité prodigieuse, puisqu’un tel excentrique jugeait bon de s’en prévaloir.

Ce fut ainsi que je fis la connaissance de Raoul Hausmann, fondateur en 1918 du Club Dada de Berlin, briseur de dogmes qui revendiquait ces titres, Président du Soleil, de la Lune et de la petite Terre (face interne), Dadasophe, Dadaraoul, directeur du cirque Dada.

Sarane Alexandrian, « Le Dadaïsme en Limousin », L’Aventure en soi, Paris, Mercure de France, 1990, p. 105-106.

À l’automne 1944, Raoul Hausmann déménage à Limoges et s’installe avec Hedwig et Marthe près de la gare des Bénédictins, au 80 rue Aristide-Briand où il résidera jusqu’en 1958, année où il emménage rue Neuve-Saint-Étienne.

À partir de 1945, Raoul Hausmann reprend ses activités, la photographie, sans grands moyens. C’est l’époque des photomontages d’après les photos anciennes, les tentatives d’une nouvelle expression, le photogramme avec des objets familiers. Avec l’aquisition d’un nouvel appareil photographique, en fait, un cadeau de la femme de Moholy Nagy, après la mort de ce dernier, Hausmann reprend ses prises de vues à Limoges. Cette pratique s’accompagne de textes théoriques et de la participation au club des amateurs photographes limousins.

Roger Vulliez, « Préface », Raoul Hausmann, 1986

La gare et son environnement deviennent alors pour Raoul Hausmann des sujets de choix et d’expérimentations. Ainsi, de son appartement de la rue Aristide-Briand, le long des voies, Raoul Hausmann donne sur des réseaux de lignes, qu’elles soient au sol ou aériennes. Il donne une vision toute personnelle de la ville, usant de cadrages spécifiques, de plongées et contre-plongées, de déséquilibres volontaires de la composition de l’image, de prises de vues inhabituelles, de déformations et autres trouvailles...

Le véritable photographe ne « pense » pas, il est excité par des contrastes de lumière, des masses, des directions de formes, qu’il perçoit ou observe ; il se rend compte de l’aspect matériel de son entourage visible par les moyens et les possibilités restreintes de la technique photographique elle-même, et son état d’esprit ou d’âme n’est que : attention, réaction, intention.

Raoul Hausmann, La photographie moderne comme processus mental, vers 1950.
Raoul Hausmann, Sans titre (panorama de Limoges)
Numérisation
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Nous microscopons le monde, c’est cela la photographie. Je veux photographier des gros plans, de l’herbe, une blatte, la texture d’un cheveu, du sable, de l’eau… mais pas de grands trucs apprêtés, ce n’est pas cela la photographie moderne.

La photographie est avant tout le problème technique de la mise en scène de nos pulsions optiques — mais la plupart des photographes, conformes à la plupart des gens, confondent les pulsions optiques avec le contenu « littéraire ». On croit généralement encore, que la photographie doit « raconter » une histoire quelconque, doit être une « illustration » de souvenirs, de sentiments — en somme, que le coté visuel de la photo n’est qu’une affaire de moindre intérêt , ou de second degré, qui doit être soumis à une fable, pour donner du sens, et pour permettre de pouvoir « penser » là-dessus. Rien n’est plus faux.

Raoul Hausmann, La photographie moderne comme processus mental, vers 1950.

Les étés limougeauds voient les citadins affluer sur les bords de Vienne, à proximité du Palais-sur-Vienne, et profiter de la plage de la Sablière. Là, Raoul Hausmann réalise de multiples prises de vue, rappelant sa découverte de la photographie en 1927, avec des paysages de plage ainsi qu’un travail sur le corps, athlétique, nu. L’occasion également de poursuivre ses expérimentations, ses jeux avec les techniques et le médium.

L’exposition

« Raoul Hausmann et la photographie (1946-1960) »
du 25 février au 11 juin 2017 au musée départemental d’Art contemporain de Rochechouart.

Informations pratiques sur le site du musée.