Journal à rebours Quel motif amena les seigneurs de Plas...

Colette, Journal à rebours, Fayard, 2004.

© Librairie Arthème Fayard 2004

Quel motif amena les seigneurs de Plas et ceux de Saint-Hilaire, environ le XVe siècle, à construire si proches l’un de l’autre leurs deux châteaux que sépare, dans un étroit enclos au sommet du village, un espace de six ou sept mètres ? Saint-Hilaire commença, Plas le suivit. Celui-ci aima le cylindre, et celui-là le cube. Nous ne savons rien sur eux et avons bien autre chose en tête, car la radio est muette, sourd le télégraphe, nous n’avons pas de beurre depuis trois semaines, ni de journal, ni d’essence. Le boucher vient quand il vient et n’a que du veau. Ce verdoiement autour de nous dispensera, l’automne ventu, poires et pommes, noix et châtaignes. Jusque-là les fruits manquent. Ruissellement, dans la bouche, des pêches de juillet, insouciance, amitiés légères des étés passés... Chut ! La règle entre nous est de ne pas évoquer ce qui est savoureux et hors d’atteinte.

Colette, Journal à rebours (Quel motif amena les seigneurs de Plas...)
© Librairie Arthème Fayard 2004

L’œuvre et le territoire

Colette venait donc « faire ses guerres » en Corrèze ! Après être venue plusieurs fois à Castel-Novel se reposer de ses éprouvants reportages sur la guerre de 14-18, c’est à Curemonte qu’elle vient trouver refuge le 12 juin 1940. Petit village bâti sur un éperon de grès, rythmé par les tours de ses deux châteaux (Saint-Hilaire aux tours carrées, Plas aux tours rondes), Curemonte accueille une Colette devenue célèbre mais abîmée par l’âge et l’épreuve de la débâcle.

Ce séjour en terres limousines, qui lui permet de renouer avec la vie de château, reste sans comparaison avec le précédent : il ne dure que cinq semaines, mais durant lesquelles « cent ans ont passé en quinze jours… ». Colette n’a qu’une hâte : Fuir ! Fuir cette « tombe verdoyante ».
Isolement, inconfort, privation… sont le lot quotidien de cette vieille dame de soixante-sept ans, frileuse, arthritique, qui manifeste sa mauvaise humeur avec autorité. Mais il n’y a rien qu’elle ne supporte moins que « la vraie disette » à savoir l’absence de livres.

À propos de Journal à rebours

Au printemps de 1940, l’ombre grandissante de la défaite a provoqué le reflux du nord vers le sud d’une France saisie de panique devant l’approche de l’ennemi. Colette a vécu l’exode comme tant d’autres. « Baronne » devenue « madame », écrivain de renom, c’est « poussé(e) dans le dos » qu’elle quitte Paris avec son troisième mari Maurice Goudeket et part s’installer chez sa fille Colette de Jouvenel, dite Bel-Gazou, à Curemonte où la vie s’organise tant bien que mal.

Le Journal à rebours commence là, dans le logis de fortune au cœur des deux châteaux en ruine de Saint-Hilaire et Plas. Colette y séjourne de juin à septembre 1940, et elle s’y ennuie… Elle y écrit une partie, qu’elle intitule "Danger", début de Journal à rebours, paru en 1941, qui n’a, en fait, rien d’un journal. En effet, le volume réunit des textes publiés dans des journaux ou des magazines de 1934 à 1940. Ainsi se mêlent des pages écrites antérieures à l’évocation de l’exode de juin 1940, comme des textes sur la Provence, des textes animaliers ou encore des réflexions qui entraînent un retour à son enfance avec sa mère Sido et à l’école.

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