Lettres parisiennes Que de belles promenades...

Madame de Girardin, Lettres parisiennes, Charpentier, 1843, p. 237.

Que de belles promenades nous avons faites dans ces campagnes ! que de fois les flots du Thorion ont réfléchi l’étrange image de notre coursier ! Nous disons coursier, le nom de cheval ne lui conviendrait en aucune sorte. C’était un quadrupède de race et forme sans noms, dont l’allure de fantaisie était pleine d’originalité. Ce compagnon de voyage n’était pas digne de nous sans doute, il n’avait en apparence rien d’élégant ; aussi était-ce pour nous moins une monture qu’un guide. Mais ce bon vieillard qui se disait natif de Limoges, connaissait si bien le pays ! Il savait tous les détours de la montagne, il s’arrêtait dans tous les pacages, il allait boire à toutes les fontaines, il entrait dans toutes les chaumières, il saluait toutes les jeunes filles, et fuyait tous les paysans ; la voix d’un charretier le remplissait de crainte ; le moindre fouet claquant dans les airs le faisait partir au grand trot. C’était plus fort que lui, c’était plus fort que nous, il n’était pas maître de ses souvenirs. Grâce à son humeur vagabonde, nous avons parcouru tout le canton, nous avons visité les ruines du temple des Druides à Perseyx, monument superbe que M. Mérimée ne connaît pas ; nous avons vu le joli lac de Péra, l’étang de la Chapelle, la cascade de Saint-Martin-le-Château, les bois du Palais, Pontarion, Sauviat, etc., etc.

Delphine de Girardin, Lettres parisiennes (Que de belles promenades...)

L’œuvre et le territoire

Delphine de Girardin poursuit sa présentation de Bourganeuf — qui concilie eaux implacables avec ce « torrent que rien n’arrête » et élégance des femmes de notables — en évoquant les promenades qu’elle a faites dans cette nature qui ne saurait être autre que sauvage et mystérieuse, menée par un cheval indompté.

À propos de Lettres parisiennes

Delphine de Girardin, sous le pseudonyme de Vicomte Charles de Launay (sous différentes formes), publie dans le journal La Presse, fondé par son mari, des chroniques, par la suite publiées sous le titre de Lettres parisiennes en 1843.

Dans l’une de ces Lettres parisiennes, datée du 24 novembre 1838, Delphine de Girardin regrette son retour à Paris et son séjour de plusieurs mois à Bourganeuf, où son mari, député de la Creuse pour l’arrondissement de Bourganeuf notamment de 1834 à 1839, possède une propriété, le domaine du Verger.

Que Paris semble laid après un an d’absence ! Oh ! que c’est triste une ville de plaisir ! Quand on revient d’un grand voyage, quand on a longtemps respiré l’air pur, l’air embaumé des montagnes, comme on étouffe dans ces corridors sombres, étroits, humides, que vous voulez bien appeler les rues de Paris ! On se croirait dans une ville souterraine, tant l’atmosphère est pesante, tant l’obscurité est profonde. [...]

Qui nous rendra ces doux moments ? Quand reverrons-nous nos montagnes ? car nous avons le droit de dire nos montagnes, une partie de ce charmant pays est à nous. Vrai, nous sommes très riche là-bas. Nous y possédons, non pas une terre, fi donc ! mais cent arpents, au moins, de rochers admirables ! de purs rochers, des pics sublimes que nulle végétation vulgaire ne profane ; des pierres sacrées que la charrue a respectées, que les Druides, sculpteurs étranges, ont seuls touchées. Voilà une retraite sauvage et poétique.

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