Mémorial, tome 4 : Apprentis et Garçons Quand j’avais...

Marcel Jouhandeau, Mémorial, tome 4 : Apprentis et Garçons, Gallimard, 1953, p. 96-97.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

Quand j’avais de treize à dix-sept ans, je passais le plus clair de mes journées dans une charmante chambre, bien carrée, la mienne, qui donnait dans la cour de notre boucherie, et deux fois la semaine c’était sous ma fenêtre que les garçons, à demi nus, se tenaient dans le voisinage de l’échaudoir, où cuisaient les abats, pour la préparation du gras-double. Tout se faisait là avec la plus grande propreté et un minimum de mauvaise odeur, grâce à la vigilance de mon père, mais naturellement le patron n’était pas toujours présent et les conversations de nos compagnons, du moment qu’ils étaient seuls, ne ressemblaient guère à celle des Anges. Comment s’étonner que parfois, fatigué de la lecture de mes traités de théologie mystique ou de philosophie morale, j’aie prêté l’oreille à leurs propos si vivants, si colorés, si imprévus pour moi et si propres à servir de dérivatif à mes hautes préoccupations, en même temps que mes narines s’ouvraient au fumet de leur cuisine ?

Marcel Jouhandeau, Mémorial, tome 4 : Apprentis et Garçons (Quand j’avais...)
© Éditions Gallimard
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À propos de Apprentis et Garçons

Dans ce quatrième volume de son Mémorial, Marcel Jouhandeau évoque particulièrement les garçons bouchers et les apprentis qui travaillaient dans la boutique et sous les ordres de son père. C’est un défilé plein de cocasserie et de tendresse que celui que composent les portraits de ces garçons pleins de sang, de dévouement et, parfois, de passion.

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