La Révolution volume 1 : L’Amour et le Temps Prenant la tête...

Robert Margerit, L’Amour et le Temps suivi de Les Autels de la peur, Phébus, 2010, p. 235-236.

© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

Prenant la tête du groupe, vaguement aligné devant la Visitation, ils [Bernard et Jourdan] montèrent vers la place des Carmes. Le lieutenant Lamy avait dit à Jourdan d’y conduire sa troupe. C’était là que l’on attendait l’ennemi, par la route venant de Bordeaux, Périgueux, Aixe, ou par celle d’Angoulême. Leur jonction se faisait sur la place triangulaire dominée par la promenade d’Orsay et ses tilleuls. Elle marquait le point extrême de la ville. En avant s’étendaient des jardins, la campagne, le vide jusqu’à la poudrière dont on apercevait sur la route d’Aixe la sombre silhouette fortement encadrée par des uniformes blancs. À droite de la place, encore quelques maisonnettes isolées. À gauche, s’allongeait en bordure de prairies le couvent des Carmes avec sa petite église en toit d’ardoises au-dessus desquelles l’air brûlant vibrait. Le soleil se trouvait en ce moment à l’aplomb du clocher. Ses rayons tombaient dru sur la place grouillante. On eût dit une foire, non point les préparatifs d’un combat. Il y avait des femmes ─ à vrai dire armées, certaines de fourches, d’autres de lardoires ─, des gamins, des moines même, sortis du couvent, formés en une compagnie brune sous la conduite de l’un d’entre eux qui avaient dû être militaire autrefois. Des cavaliers téméraires partaient en reconnaissance. D’autres revenaient sans avoir encore rien vu. C’était une agitation fiévreuse une trépidation dans la poussière et la chaleur sous le ciel blanc qui déversait du feu, une pétaudière.

Robert Margerit, La Révolution. L’Amour et le Temps (Prenant la tête...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

L’œuvre et le territoire

Robert Margerit évoque ici les troubles qui, à Limoges, ont suivi l’annonce de la prise de la Bastille. Le peuple s’arme sous les ordres du général Jourdan, né à Limoges dans le quartier de l’Abbessaille. Une plaque y indique sa maison natale, rue du Pont-Saint-Étienne.

À propos de L’Amour et le Temps

Trois personnages se lancent dans l’existence en cet automne de 1788 — et se heurtent déjà à une réalité qui les blesse. Bernard Delmay, modeste mercier de Limoges, doit renoncer, pour de basses raisons de convenances sociales, à la jeune fille qu’il aime. Lise Dupré, promise à Bernard, se voit contrainte, pour complaire à son père, d’épouser Claude Mounier, jeune avocat ambitieux acquis aux idées nouvelles. Claude enfin, élu aux États-Généraux, gagne la capitale où bien des déconvenues l’attendent...

Le roman commence en Limousin :

En tout cas, il conviendrait encore de débuter à Limoges. C’est en province que se sont formés les futurs grands hommes de la Révolution. En vérité, un roman de cette sorte devrait peut-être commencer à Vizille puisque la toute première assemblée prérévolutionnaire se tint là. Mais la documentation me fait défaut. La seule province dont je connaisse l’histoire assez minutieusement pour pouvoir la vivre plume en main, c’est la généralité de Limoges. Cette histoire, j’ai mis vingt ans à la posséder. S’il me fallait aujourd’hui apprendre celle du Dauphiné !

Bonus

  • MP3 - 1.6 Mo
    Cet extrait de L’Amour et le Temps (Prenant la tête...) lu par François Gilardi.
    © Les Amis de Robert Margerit
  • Croquis de Robert Margerit de la place des Carmes
    © Les Amis de Robert Margerit
  • Robert Margerit : croquis du parc des arènes
    © Les Amis de Robert Margerit

Localisation

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