Monsieur Jadis ou l’école du soir Plus tard, après mes études...

Antoine Blondin, Monsieur Jadis ou l’école du soir (La Table Ronde, 1970) ; Antoine Blondin, Robert Laffont, Bouquins, 2004 [1991], p. 627.

© La Table ronde

— Plus tard, après mes études à Oxford, à Trinity College exactement. Avant, j’étais chez les dames de l’Assomption de Saint-Léonard-de-Noblat. Plus avant encore, je gardais les moutons en cassant des noix entre mes fesses. Nous les portions au moulin pour en faire de l’huile réservée à notre consommation. Quand j’avais envie d’une robe, c’est ma tête que je portais au tondeur de cheveux qui me les payait grassement. En ce temps-là, j’étais utile de partout. Ainsi ai-je fourni en perruques postiches la plupart des grandes capitales européennes. Des dames très bien attifées ont été aimées pour moi-même. Qu’en avais-je à faire ? je mettais une marotte sur mon crâne et j’avais un amoureux derrière chaque haie. J’habitais un vaste jardin à la française qui couvrait une province : de loin, on aurait dit des ifs taillés en troncs de pyramides, c’étaient des topinambours dressés en meules dont les tiges allaient pourrissant. Mon père faisait vibrer l’horizon au pas fumant de ses escadrons. C’est alors que j’entendis l’appel immémorial de ma grand-mère Bucéphale. Mon premier mari fut un centaure, motorisé il est vrai dans la division « Das Reich », que j’avais pris pour un bai brun du Turkestan car il parlait le russe. (Mon père m’avait vanté si souvent les petits kirghizes tout en poitrail.) Bref, je fus tondue à nouveau, gratuitement cette fois.

Antoine Blondin, Monsieur Jadis ou l’école du soir (Plus tard, après mes études...)
© La Table ronde

L’œuvre et le territoire

Arrêtés sur les marches de l’église, au sortir de la première messe, Popo ayant mis son soutien-gorge sur sa tête pour s’en faire une coiffe bretonne, Monsieur Jadis et celle-ci partagent les cachots jumeaux du commissariat du quartier Saint-Thomas-d’Aquin. L’occasion pour cette clocharde noctambule de revenir sur ses origines et son parcours, elle, la fille du plus grand maquignon de tout le Limousin.

À propos de Monsieur Jadis ou l’école du soir

Dans Monsieur Jadis ou l’école du soir, Antoine Blondin met en scène son double, le faisant déambuler dans Paris, aller de bars en bars, lui faisant vivre des rencontres avec ses amis sous leur véritables noms (Albert Vidalie, Roger Nimier...) et diverses aventures (parfois de véritables anecdotes, telle celle où l’on suit Monsieur Jadis au cœur d’un ministère au beau milieu d’une nuit et des vapeurs d’alcool)...

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