Appels à création Peau de Licorne

Tapisserie en laine et soie ; tête, sabots et queue en porcelaine de Limoges ; 350 × 235 × 60 cm.

© Droits réservés
Nicolas Buffe, Peau de Licorne
Photos : A. Bonhomme
© Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson

L’œuvre et le territoire

L’appel à création de la Cité de la tapisserie était le prétexte pour réagir et littéralement tuer le symbole même de la tapisserie pour le régénérer. C’est par une espèce de boutade que je suis rentré dans l’histoire de la tapisserie d’Aubusson pour lui donner un coup de fouet qui la remettra en phase, je l’espère, avec notre époque.

Lauréat 2010, Nicolas Buffe invente ici une œuvre authentique, née des récits qu’il a lu sur l’art de la tapisserie depuis ses origines, et inspirée du thème ancien et légendaire de la licorne, sujet mythique de nombreuses tapisseries du Moyen Âge (La Dame à la licorne, La Chasse à la licorne...). La licorne de Nicolas Buffe est cependant bien différente de sa lointaine source : délaissant le mythe et l’archaïsme, elle renaît de façon surprenante grâce au dessin et à l’ornementation.

Travailler à Aubusson, c’est mettre le doigt sur toute l’histoire de la tapisserie en France et m’inscrire de même dans cette histoire en lui donnant un coup de pied (avec tout le respect que je lui dois...) pour la faire pénétrer dans mon présent et mon plaisir.

Son auteur, qui aime créer en noir et blanc des décors nourris à la fois de la bande dessinée contemporaine et de motifs ornementaux anciens, réussit, par son style décoratif plein de fantaisie et d’humour, à faire œuvre nouvelle.
Le dessin occupant toute la surface de la tapisserie relate les différentes étapes de la chasse de la licorne, mêlant des références à une culture populaire et à une culture plus érudite. En effet, au Bas Moyen Âge, la licorne blanche, telle que nous la connaissons aujourd’hui, apparaît dans les bestiaires comme un symbole du Christ. Nicolas Buffe en faisant référence aux cinq plaies du Christ intègre à son œuvre le cœur (comme une cible) transpercé par la lance qui a tué l’animal, tout comme Jésus sur la croix. Comme dans la suite de tapisseries de la Chasse à la licorne, les chiens sont nombreux, ils sont représentés ici en pleine course, en référence aux photographies de La Chienne Maggie prises en 1887 par Eadweard Muybridge (1830-1904) dans le cadre de son travail sur la décomposition photographique du mouvement.

La notion de territoire est également perceptible dans Peau de Licorne, puisque l’artiste a fait appel à un autre savoir-faire de la région Limousin, la porcelaine de Limoges, matière de la tête, de la queue et des sabots noirs et luisants de la licorne.

J’ai conçu un projet représentant la dépouille de la licorne. dans ce geste quelque peu iconoclaste de tuer le symbole pour le régénérer, j’espère imprimer la marque d’une nouvelle époque pleine de créations stimulantes pour Aubusson mais aussi pour la tapisserie française.

Peau de Licorne a été tissée d’après Nicolas Buffe par l’atelier Patrick Guillot (Aubusson) en 2011. Les pièces de porcelaine ont quant à elles été produites par le Centre de recherche des arts du feu et de la terre (CRAFT) de Limoges.

Les citations sont de Nicolas Buffe.

À propos de Appels à création

En 2010, le musée de la tapisserie d’Aubusson intégrait la Cité internationale de la tapisserie. Une mission se fait alors clairement jour : rapprocher la tapisserie de l’art d’aujourd’hui.

Ainsi, un appel à projets est lancé chaque année sur un thème particulier afin de retenir des œuvres qui sont destinées à être tissées selon les techniques de la tapisserie d’Aubusson reconnues par l’UNESCO. Un premier jury composé de professionnels de l’art est chargé de sélectionner les meilleures maquettes et les démarches les plus innovantes. Un autre jury présente l’artiste retenu et son projet aux ateliers de tapisserie intéressés, examine ensuite les différents échantillons tissés par ces ateliers et choisit la meilleure proposition — celle qui saura user de la technique au mieux pour valoriser le style et l’invention de l’artiste.
Les tapisseries et leurs maquettes intègrent la collection de la Cité internationale de la tapisserie, ainsi dotée de pièces contemporaines de haut niveau.

Chaque artiste sélectionné s’engage à « explorer » Aubusson, ses ateliers, à visiter ses lissiers et teinturiers, mais aussi à se plonger dans l’histoire assez extraordinaire de la longue activité de ce lieu de production.
Il est également convenu que, une fois le projet mis en route, les artistes aient de nombreux échanges avec « leur » lissier et suivent sur place l’avancée du tissage jusqu’à la tombée de métier.

Bonus

  • La tête de Peau de Licorne de Nicolas Buffe
    Photos : A. Bonhomme
    © Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson
  • La queue de Peau de Licorne de Nicolas Buffe
    Photo : A. Bonhomme
    © Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson
  • Nicolas Buffe, Peau de Licorne (détail)
    Photo : A. Bonhomme
    © Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson
  • Les yeux de Peau de Licorne de Nicolas Buffe
    Photo : A. Bonhomme
    © Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson
  • http://www.dailymotion.com/video/xm8ynx_peau-de-licorne-nicolas-buffe_creation
    Un volet de la série Les Patrimoines cachés d’Aubusson, réalisé par Romain Evrard et produit par la Communauté de communes Aubusson-Felletin.
    © Droits réservés
  • https://vimeo.com/channels/aubussonfelletin/47016958
    Un volet de la série Les Patrimoines cachés d’Aubusson, réalisé par Romain Evrard et produit par la Communauté de communes Aubusson-Felletin.
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