Le Chasseur d’ombres et autres psaumes Paysage

Marcelle Delpastre, Le Chasseur d’ombres et autres psaumes, Lo Chamin de sent Jaume, 2002, p. 98-99.

© Edicions dau Chamin de Sent-Jaume

Avec le cerf et le renard, les bêtes rousses, je veux ma tanière d’amour au cœur de la campagne, au milieu des forêts,
parmi les feuilles rousses.

Les arbres n’y sont pas hauts, les collines ni les nuages. Mais que les cerisiers sont beaux, entre les pins et les bouleaux, dans la lumière basse.

Vois-tu c’est un pays où l’on ne peut mourir qu’un soir, tout doucement, d’avoir usé la vie et la vieillesse.

Un pays où l’on rêve d’aimer lentement, sans omettre un regard ni le temps, le moindre frôlement, sans oublier une caresse.

Un pays tendre qui mûrit ses fruits de l’automne à l’automne, et ses feuilles depuis le printemps, dans les courbes de la colline.

Où le rêve semble suffire.

La bruyère a des teintes douces, l’ajonc fleurit sur la fougère rousse, chaque prairie garde ses sources,entre la mousse et le saule.

Un jour après un jour. Et tous les jours sont beaux d’être des jours d’été, d’être le temps d’automne,et l’amour peut durer très longtemps, d’être attendu, d’être venu, de tendrement s’épanouir, et de survivre, et de ne pas finir.

Et de fleurir, et de mûrir, et de passer l’hiver dans la tiédeur de l’âtre et la chaleur du lit.

Et le rêve semble suffire.

Mais moi je n’aimerai que par surprise, un soir d’automne où le ciel est feu. Un jour d‘orage où le couteau levé du ciel frappe en plein cœur l’arbre et le fracasse.

Je ne mourrai que par surprise, un beau midi d’été. Le pays de douceur mesure ses langueurs, sa tendresse perdue. N’as-tu pas vu jaillir

Le sang profond de la colline ?

Marcelle Delpastre, Le Chasseur d’ombres et autres psaumes (Paysage)
© Edicions dau Chamin de Sent-Jaume

À propos de Le Chasseur d’ombres et autres psaumes

Depuis les années 1950, l’univers poétique de Marcelle Delpastre est en perpétuelle évolution. En effet, la forme de ses poèmes change et elle écrit alors des psaumes. Ces derniers ont une forme aérée, avec la présence d’alinéas et de paragraphes. À partir de là, le psaume est la forme à laquelle Marcelle Delpastre restera toujours fidèle.

Le Chasseur d’ombres et autres psaumes est un recueil de poèmes écrits à la première personne du singulier, un appel à la vie.

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