Pauvre Carnaval

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Pauvre Carnaval

Dans mon métier, je suis habitué à rencontrer toutes sortes de gens mais tout de même, le pauvre homme que j’ai trouvé l’autre jour assis dans mon bureau me fit pitié. Un grand corps maigre, courbé, efflanqué, chétif, une pauvre mine décharnée, des yeux fiévreux. Habillé d’une guenille, mon visiteur ressemblait à un vieux mendiant. Avec ça, une toux rauque lui secouait la poitrine à croire qu’elle allait lui arracher les tripes.
— Monsieur, me dit-il, je ne suis point venu pour une affaire devant le tribunal ; je suis ici pour vous demander de l’aide, vous le pouvez, vous n’avez qu’à écrire dans vos journaux.
— Mais qui êtes-vous, et que puis-je faire pour vous ?
— Qui je suis ? Monsieur, je suis Carnaval.
— Allez ! Pensai-je, c’est un fou, il ne faut pas le contrarier. Et tout doucement je lui dis :
— Racontez-moi votre affaire.
— Eh bien ! Monsieur, dans ma famille nous sommes chiffonniers ; et de père en fils c’est nous qui faisons Carnaval le mercredi des Cendres. Tel que vous me voyez, c’est moi qu’ils ont jeté dans la Vienne avant-hier et c’est pour cela qu’aujourd’hui, je tousse de la sorte. Car l’eau n’était guère tiède ce jour ! Ah ! Ce que je dis vous étonne. Vous croyez peut-être que le Carnaval qu’ils promènent tous les ans de la Mairie au Pont Neuf, pour l’envoyer après dans la rivière, ce n’était qu’un tas de paille avec des habits de déguisement comme les épouvantails qu’ils mettent dans les jardins pour faire fuir les oiseaux ? Non point ! C’est un homme, un chrétien comme vous. Cet homme, c’est moi, et c’est ainsi que je peux me faire quelques petits revenus pour m’aider à vivre, moi, ma femme et mes enfants. (...)

René Farnier, traduction de Paubre Carnaval
Traduction
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L’œuvre et le territoire

Une notice issue de l’exposition « 200 ans de littérature occitane limousine ».

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