La Folie des solitudes Parfois la journée...

Geneviève Parot, La Folie des solitudes, Gallimard, 2009, p. 49-50.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite. , Éditions Gallimard
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Parfois la journée est restée grise du début à la fin, la lumière décline sans que les nuages ne prennent aucune couleur ; les sapins virent au noir ; l’ombre noie la vallée, éloigne de nous les pentes d’en face ; tout est mat, sans relief, sans éclat ; l’herbe décolorée, les arbres jaunissants, le bois, la pierre, tout est passé au même badigeon gris, et pourtant même cette tristesse me plaît. Il n’y a personne pour la sentir avec moi. Les voitures qui passent ont déjà allumé leurs phares. Personne ne sortira des maisons, sauf pour un déplacement précis, rapide, comme jeter un sac poubelle dans le container, ou fermer les volets. Une corneille passe, des moineaux pépient encore dans la haie, mes paons déchirent l’air de leurs cris mélancoliques. J’aime cet endroit. Je l’ai aimé dès que je l’ai connu, ce village posé au bord du plateau, un peu en désordre autour de son église. J’ai aimé cet horizon incroyablement ouvert, sur lequel ne se découpait aucun sommet, aucun repère, juste au loin de la ligne un peu tremblée du plateau, étirée à cent quatre-vingts degrés, sur laquelle venait se poser et disparaître le soleil chaque soir. Rien de pittoresque. Rien d’ostentatoire. Des arbres cachant des prés, puis d’autres arbres, et d’autres prés bien cachés. L’œil bientôt ne distinguant plus de formes, mais seulement des touches successives, le regard glissant alors vers le creux invisible de la vallée, et remontant sur la pente d’en face, un peu plus floue, bleue, grise ou noire selon le temps, la lumière, la saison, jusqu’à la ligne d’horizon. (...)

Geneviève Parot, La Folie des solitudes (Parfois la journée...)
© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite. , Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

L’œuvre et le territoire

Dans cet extrait, la narratrice dit son amour pour le paysage pourtant gris qui l’entoure, au bord du plateau de Millevaches.

À propos de La Folie des solitudes

Il a fait ce que font les hommes. Il est né, il a vécu, il a couru dans les chemins, criant après le vent, après ses bêtes, après le sort, remâchant son enfance, buvant des vins mauvais, braconnant dans la nuit, menant des filles au bal qui avaient peur de lui, bramant, riant, pleurant, et se taisant soudain, effrayé de ses propres pensées. Il a été de ce monde-là. De cela seul je suis sûre.

(Geneviève Parot, Gallimard)

La Folie des solitudes est le deuxième roman de Geneviève Parot. Pour la trame de ce récit, elle s’inspire librement d’un fait divers de parricide survenu dans l’Est de la Creuse dans les années 1920.

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