La Gartempe Par le sentier...

Jean Blanzat, La Gartempe, Gallimard, 1957, p. 68-69.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

Par le sentier des pêcheurs, coupé par endroits de ronces, ils remontaient la rive. L’eau mystérieuse dormait par endroits, ridée par les branches immergées, tournant autour des troncs avec de lents tourbillons d’écume et de feuilles, dans un bruit de succion. Ailleurs, dans une concurrence unanime, des langues liquides, au milieu du lit, jouaient à se dépasser et leur jeu, en aval, se perdait dans l’apparence lisse et froide qui partageait le paysage d’un ruban d’acier. Cà et là, accroché à un obstacle invisible, le flot écumeux dansait sur lui-même et sa force obstinée et captive rappelait, avec une lointaine impression de stupeur et de crainte, la danse des océans.

La berge changeait à chaque pas mais, dans ses propres métamorphoses, la rivière paraissait ignorer les arbres et les prés ; attirée ailleurs, vers de nouveaux pays, elle fuyait, lavant et roulant, sans l’entraîner, la clarté du ciel.

Jean Blanzat, La Gartempe (Par le sentier...)
© Éditions Gallimard
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À propos de La Gartempe

Mathilde et son mari ont été laissés par la guerre et l’exode dans un village au cœur de la campagne limousine. Ils y restent, à la fois séduits et enlisés. Un autre « replié », Ludovic, vit non loin d’eux, et comme eux il se perd dans cette solitude terrienne qui ramène sans cesse l’âme à son angoisse.
Épris d’une jeune paysanne inaccessible, Ludovic tente inconsciemment de transporter l’amour vrai dans l’amour faux. Il cède à l’attirance sensuelle de Mathilde. Celle-ci aime son mari. Pourtant, elle s’abandonne, poussée par une inquiétude sensuelle qu’exaspère le sentiment de la mort partout présente ici, dans la luxuriance de l’été comme dans la stérilité de l’hiver. L’impitoyable vérité de la nature contraint les amants à reconnaître leur mensonge.
[...]
Cette durée, cette autre vie qui emporte la nôtre en lui restant indifférente, une rivière — réelle — la personnifie : La Gartempe, où tout se reflète et se mesure à l’éternité.

(Gallimard)

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