L’Amant des morts Par-dessus tout...

Mathieu Riboulet, L’Amant des morts, Éditions Verdier, 2008, p. 22.

© Éditions Verdier

Par-dessus tout il y avait ce pays trop grand qui inspirait des désirs trop grands condamnés à se briser, se broyer, se noyer, à s’ouvrir dans une démesure que seules la psychiatrie et la justice, parfois les deux, avaient entrepris de nommer.

On en était là quand Élisabeth vit que le mal était fait, qu’il œuvrait sous son toit. La violence et la moiteur de l’échange semblaient s’être étendues aux murs, aux meubles, aux rideaux défraîchis, aux fruits dans cette coupe.

On en était là. La mère en allée, le plateau renvoyé à l’hiver de toujours, les longues herbes jaunes brûlées par le froid, le silence des oiseaux, les fermes dont la neige redoublait l’isolement. Et toujours, éparpillée aux quatre coins du monde, la désolation ordinaire, le lot des hommes de peu, l’inépuisable énergie des femmes combattant la misère qui leur tenaille les mollets, et partout la souffrance ravalée, l’immense naufrage des volontés humaines, la douleur jetée au pied des autels, l’interrogation des enfants muets, inertes, brisés dans la cour des écoles, à demander « à Dieu pourquoi les larmes sont douces aux affligés ». Et toujours la voix de fin silence en guise de réponse. On en était là, où plus rien ne s’annule mais tout s’ajoute, les peines aux peines, les efforts aux efforts, les victoires aux défaites et les jouissances aux possessions dans une grande tension fatale.

Mathieu Riboulet, L’Amant des morts (Par-dessus tout...)
© Éditions Verdier

À propos de L’Amant des morts

Jérôme Alleyrat avait seize ans quand son père prit l’habitude de coucher avec lui, et lui avec son père. La mère a décidé de s’enfuir. Quand il arrive à Paris, un matin de septembre 1991, il a vingt ans.
À cette date, l’épidémie de sida bat son plein. Peu concerné par cet événement, tout entier concentré sur la quête d’un plaisir qui frôle l’anéantissement de soi, Jérôme est arrêté au beau milieu de son accomplissement par l’irruption sous son toit de la maladie, en l’espèce : son voisin de palier qu’il recueillera, soignera, accompagnera jusqu’à la fin.
De cet épisode fondateur découlera l’orientation de sa vie tout entière.
Sa trajectoire remet au centre de notre attention ce qui désormais a disparu derrière le rideau de fumée de la réification triomphante : le goût du sexe, l’élan vers l’autre, la tentation du bien….

(éditions Verdier)

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