Ma vie parmi les ombres On me reproche...

Richard Millet, Ma vie parmi les ombres, Gallimard, 2003, p. 618.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

On me reproche de renier ma terre natale en en donnant une vision trop noire, en trahissant les miens. Siomois je le suis pourtant jusqu’au bout des ongles, comme dit simplement la langue. Je le suis par mes origines, par l’absence de père et par la vertu de ce palindrome, « siomois », dans lequel je puis voir le signe de mon destin, cet adjectif, ce nom propre se lisant dans les deux sens : manière de me signaler que je n’échapperai pas plus à mon destin qu’à ce qui m’a fait tel que je suis, enfermé dans l’évidente énigme du palindrome comme dans le chiffre de mon âge ou le signe de la croix.

Richard Millet, Ma vie parmi les ombres (On me reproche...)
© Éditions Gallimard
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L’œuvre et le territoire

Dans cet extrait, le narrateur explique ses origines, le fait qu’on lui reproche de renier sa terre natale.

À propos de Ma vie parmi les ombres

Ode à la langue, aux morts, à une civilisation rurale que l’auteur a vu disparaître, Ma vie parmi les ombres est probablement le roman le plus important dans l’œuvre de Richard Millet, tant par son volume que par la précision et l’ampleur de sa langue. Roman le plus émouvant aussi puisqu’il est le roman de l’enfance retrouvée parmi les ombres de Siom et de Villevaleix.

Ma vie parmi les ombres rassemble les figures et les ombres d’une vie, d’un clan, d’une terre, de quelques villages coincés entre les combes et les bois du plateau de Millevaches. L’ombre, le vent, le froid ; la terre, le granit, les eaux étroites, la solitude et la résignation, tout un microcosme rural avec ses traditions et ses secrets, ses superstitions et ses passions violentes. Des vies silencieuses, invisibles, souvent tragiques, des vies d’où la notion de plaisir et plus encore celle de sensiblerie n’ont pas cours.

(Richard Blin)

Bonus

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    Cet extrait de Ma vie parmi les ombres (On me reproche...) lu par Richard Millet.
    Enregistré en 2010 par le CRL en Limousin.
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