Olivier Masmonteil, de Gimel à Ushuaïa

Du 17 juin au 1er octobre 2017, le Conseil départemental de la Corrèze présente dans son écrin du château de Sédières une exposition consacrée au peintre Olivier Masmonteil. L’occasion pour ce Corrèzien, qui plus est, d’une certaine façon, enfant du pays fin connaisseur de ses ruisseaux et rivières où il pratique la pêche à la mouche, de présenter une rétrospective sur une vingtaine d’années, et surtout un véritable voyage, de Gimel à Ushuaïa donc...

L’occasion pour GéoCulture de lui consacrer un focus, et ainsi de repartir à sa rencontre et dans son atelier parisien et à Sédières pour une visite en avant-première de son exposition.

Affiche de l’exposition « Olivier Masmonteil – De Gimel à Ushuaïa » à Sédières

« Quelle que soit la minute du jour »

En 2008-2009, après avoir peint de nombreux petits formats de lieux, de paysages déjà connus, foulés, vécus et photographiés, Olivier Masmonteil se lance alors dans un tour du monde avec l’objectif, en quelque sorte, de peindre le monde, en mille toiles. Intitulée « Quelle que soit la minute du jour », cette anthologie du paysage, projet qui l’« occupe » trois ans, l’amène jusqu’au « bout » du monde, ce lieu à partir duquel tout mouvement, aussi minime soit-il, quelle que soit la direction empruntée, constitue déjà un retour.

Son projet d’en épuiser le genre ne vise pas à le vider de sa substance mais au contraire à en brosser l’éloge. À l’embrasser dans toute la richesse de ses variations tout en sachant parfaitement qu’il s’agit là d’un pari impossible. Le mode sériel qu’il a adopté dans la réalisation de cette entreprise et l’objectif d’un millier de tableaux qu’il s’est donné soulignent, si nécessaire, la rigueur de pensée avec laquelle il a abordé celle-ci sans rien perdre de la dimension empirique de sa démarche.

Philippe Piguet
  • Olivier Masmonteil, « Quelle que soit la minute du jour » : Orage à Saint-Setiers
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    © Courtesy Galerie Dukan
  • Olivier Masmonteil, « Quelle que soit la minute du jour » : Le Matin à Sornac
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    © Courtesy Galerie Dukan
https://vimeo.com/31269363
© Droits réservés
Oliver Masmonteil, « Quelle que soit la minute du jour » [Galerie municipale Julio Gonzalez, Arcueil (94), 2011]
Photo : Hugo Miserey
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De petit format — 27 × 35 cm —, les mille tableaux de Masmonteil s’offrent à voir comme une collection d’images radieuses — « une collection d’aubes, de crépuscules, de déserts, de glaciers ou de montagnes » écrit l’artiste. Ce sont autant d’éclats du monde dont il ne s’agit pas d’identifier chaque fois l’origine mais qui nous sont offerts à voir dans leur étendue pour prendre la mesure de ce grand tout qu’est l’univers. De ce qui nous fait et nous enveloppe. De ce à quoi nous appartenons dans cette façon d’« être paysage ». Intitulé « Quelle que soit la minute du jour », cet ensemble unique en son genre qui tient du journal intime permet au peintre de marquer son territoire.
« À la manière d’un entomologiste, Olivier Masmonteil cherche à renouer avec le mythe des grands voyageurs et des grands explorateurs », note Anne Malherbe. De fait, l’accrochage à touche-touche de ses tableaux relève d’une façon d’inventaire et d’anthologie qui doit tant à Borges qu’à Internet. Le caractère profus de cette série, le soin de numérotation de chacune des images peintes, leur nomenclature et leur correspondant photographique soigneusement rangé dans des classeurs participent à en accentuer la référence.
S’il y va là d’un soin de catalogage, Masmonteil réclame en revanche que l’accrochage soit fait de façon aléatoire, simplement réglé en fonction ici et là des dominantes chromatiques et de leurs valeurs. Peintre absolument, peu lui chaut la restitution d’une quelconque part de réalité ou de chronologie. L’ensemble offert au regard des spectateurs n’a d’autre fin que d’exprimer la dimension duelle du paysage, à savoir son intemporalité et son universalité.

Philippe Piguet

Tu es un homme d’espace, Olivier. Mais tu as aussi besoin, pour vivre et travailler, de posséder certains lieux qui sont pour ainsi dire tes territoires. J’entends par là des lieux qui ont une géographie et un passé, des terres à demi sauvages où les souvenirs affleurent à chaque pas, des mondes enchantés où tu peux être à la fois le chasseur et le braconnier, l’aristocrate et le sauvage.

Emmanuel Lurin
Olivier Masmonteil, « Quelle que soit la minute du jour » : Roche de Vic le matin
Photo
© Courtesy Galerie Dukan
Olivier Masmonteil, « Quelle que soit la minute du jour » : Autour de Sainte-Fortunade
Photo
© Courtesy Galerie Dukan

Le choix du paysage

Parcours & Formation

Olivier Masmonteil, s’il grandit à Brive, navigue beaucoup aux alentours de Sainte-Fortunade où se trouvent ses attaches familiales. C’est là qu’il fera l’expérience du paysage et qu’il découvrira la pêche ; de cette passion découle une découverte progressive du territoire, de ses « marges » — la Dordogne au sud, le plateau de Millevaches à l’est notamment —, de ses rivières, de ses formes et de ses couleurs.
C’est à Brive qu’il s’initie aux arts, au sein de l’Académie des beaux-arts Jacques-Chevalier avant d’intégrer l’École des beaux-arts de Bordeaux où il se forme de 1996 à 1999.

S’il se fait à ses débuts peintre abstrait, Olivier Masmonteil se sens rapidement dans une impasse, et, c’est lors d’un de ses séjours en Corrèze qu’il vit ce que l’on pourrait qualifier d’« épiphanie » alors qu’il peint un petit paysage.
Les douze années suivantes, il les passera alors à s’approprier ce sujet, le paysage, en faisant l’unique objet de son apprentissage, faisant référence alors à la formation des peintres au cours de la Renaissance qui apprenaient par là, commençant par les nuages... Ce sera ainsi le premier chapitre de son parcours de peintre : la possibilité de peindre.

https://vimeo.com/224822981
CC by-nc-nd AVEC en Limousin

« La possibilité de peindre »

Olivier Masmonteil, L’Été
Photo : Olivier Masmonteil
© Droits réservés
L’Été d’Olivier Masmonteil
par AVEC en Limousin
https://vimeo.com/224510390
CC by-nc-nd AVEC en Limousin

Tu as pris un risque, et il n’est pas mince, qui est de conjuguer dans ton travail ces deux points de vue, en faisant pour ainsi dire le grand écart entre le mimétisme et l’abstraction.

Emmanuel Lurin

On remarque la saisissante présence des nuages, tantôt à cause des couleurs qui s’y diffusent, portées à l’incandescence. Ils ne se contentent pas d’animer le ciel : ils habitent le paysage. De même, l’eau peut être dotée d’une texture et d’un poids, et la lumière peut être touffue comme le seraient des herbages.

Anne Malherbe

Il est vrai, aussi, que pour [...] construire [ces paysages], Masmonteil a étudié de près différentes esthétiques. La référence la plus sensible est celle de Friedrich : la netteté des sombres conifères qui se découpent, verticaux, sur un ciel opalin, le silence absolu qui règne, la présence d’une perfection qui rend ces paysages difficilement habitables.

Mais notre impression de familiarité est alertée aussi par une chose sur laquelle il est d’abord difficile de mettre un nom, un sentiment de réalité tellement exacerbé qu’il fait basculer la représentation dans l’irréel. Tout s’éclaire lorsqu’on apprend que le peintre s’est servi de l’esthétique des films d’animation, des sous-bois de Walt Disney ou de paysages en image de synthèse.

Anne Malherbe

L’instigatrice et inspiratrice Corrèze

Le regard que porte Olivier Masmonteil sur le paysage doit beaucoup à son enfance passée en Corrèze, à son apprentissage et à sa pratique de la pêche sur les rivières Corrèze, Dordogne, Montane... notamment. Les paysages corréziens, dans leur diversité, donnent à voir des formes, des couleurs et des lumières très changeantes et lui ont permis de se constituer un vocabulaire sans cesse convoqué au cours du premier chapitre de son parcours.

Mais aussi liberté jubilatoire dans le choix et l’application des couleurs ! [...] Je te remercie pour ma part d’employer dans tes tableaux des couleurs « pures », essentielles comme le jaune d’or, l’émeraude, le carmin et le bleu turquoise. [...] Certains diront que ce sont des tons bien étranges pour un peintre de paysages, des couleurs un peu kitsch que l’on ne trouve pas, ou si peu dans la nature. Il faudra leur rappeler, à ceux qui ne savent pas voir, que ces couleurs sont la parure des petites choses et la gloire des êtres les plus humbles. On les retrouve ainsi sur les cailloux et sur les coquillages quand ils sont plongés dans l’eau, sur la gorge des mésanges et dans les plumes de coq, et je ne connais pas de poisson, même le plus triste, qui ne porte un reflet d’arc-en-ciel sur son costume d’argent.

Emmanuel Lurin
https://vimeo.com/224822383
CC by-nc-nd AVEC en Limousin

Dépasser le paysage

« Paysages de nuit »

Retour en 2010-2011. Après « Quelle que soit la minute du jour », anthologie du paysage qui l’a amené à faire deux tours du monde, Olivier Masmonteil perçoit que son apprentissage, par le paysage, constituant le « premier chapitre » de son parcours de peintre (la possibilité de peindre), touche à sa fin.

Cette série, « Paysages de nuit », réalisée « sur le motif » sur le plateau de Millevaches, marque la conclusion de ce premier chapitre, le paysage disparaissant petit à petit, se fondant dans l’obscurité et marquant une recherche fine sur la couleur.

https://vimeo.com/224367492
CC by-nc-nd AVEC en Limousin
Olivier Masmonteil, Paysage de nuit (2011)
Photo
© Droits réservés

« Le plaisir de peindre »

Depuis environ cinq ans maintenant, Olivier Masmonteil a ainsi abordé le deuxième chapitre de son parcours de peintre, le plaisir de peindre, avec lequel il se lance dans l’exploration de tous les sujets de la peinture. Ainsi, il propose une série montrant des femmes, de dos ; il s’approprie des œuvres de commande d’Ingres et présente des « traces » de femmes ; il s’intéresse à la figure de Diane...

Ainsi, il poursuit une réflexion sur le temps et la mémoire en se permettant d’accumuler les sujets, de les superposer, jouant du repentir, faisant apparaître ou disparaître des figures féminines, des éléments architecturaux...

https://www.youtube.com/watch?v=I9KYnn7FBTo
Un film réalisé par Yannick Delbegue à l’occasion de l’exposition d’Olivier Masmonteil à la galerie Dukan du 8 mars au 17 avril 2014.
© Droits réservés
Olivier Masmonteil, Les Baigneuses de Sédières
Photo : Olivier Masmonteil
© Droits réservés
https://vimeo.com/224503955
CC by-nc-nd AVEC en Limousin
https://vimeo.com/224820225
CC by-nc-nd AVEC en Limousin
Olivier Masmonteil, Stiller Sturm
Photo : Olivier Masmonteil
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https://vimeo.com/224367504
CC by-nc-nd AVEC en Limousin

Lorsque nous avons eu la chance de filmer Olivier Masmonteil dans son atelier à Paris, en mai dernier, il travaillait activement sur une toile monumentale pour le plafond de l’escalier d’honneur du Pavillon Ledoyen. Révélée au public le 5 septembre, elle recouvre l’intérieur des dix-huit caissons du plafond de l’entrée du restaurant triplement étoilé.

Bibliographie & Ressources

Olivier Masmonteil sur GéoCulture.

Olivier Masmonteil sur le site de la galerie Dukan.

Emmanuel Lurin, Olivier Masmonteil, Ides et Calendes, 2009.

Olivier Masmonteil - Quelle que soit la minute du jour, catalogue d’exposition, textes de Philippe Piguet, Semaine n° 226 du 15 janvier 2010, Analogues.

Olivier Masmonteil — Le bain de Diane (catalogue d’exposition), Art[ ]Collector, 2015 (consultable en ligne).

L’exposition du château de Sédières

« De Gimel à Ushuaïa », du 17 juin au 1er octobre 2017, au château de Sédières (Clergoux) :

  • de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h en juin et septembre ;
  • de 10h à 12h30 et de 13h30 à 19h en juillet-août.
Lorsque l’atelier d’Olivier Masmonteil se fait cabinet de curiosités
CC by-nc-nd AVEC en Limousin