La Pierre à boire Nous passâmes en Haute-Vienne...

Gérard Laplace, La Pierre à boire, Orizons, 2008, p. 128-130.

© Orizons

Nous passâmes en Haute-Vienne. Régis, un étudiant resté au Cheyre pour bûcher sereinement sur sa thèse de fin d’études nous montait des vivres. Sur les monts on ne trouvait rien ou il fallait descendre vers les bourgades maussades et cela rompait l’enchantement, attendre, se faire répondre qu’il n’y avait plus de pain, les trois miches et les quatre baguettes encore à l’étal étant réservées. [...]
Non sans l’avoir muni d’une batterie d’indications précises nous avions invité Régis à nous rejoindre à la Pierre-du-Roi. Oui, cette pierre, sans grande élégance, avait la réputation d’avoir été l’un des lieux de rendez-vous galants de Louis XIV et de Madame de Montespan, lisais-je dans mon topo-guide et mes compagnons restèrent interloqués, jetant un regard panoramique et dubitatif sur l’endroit, ou songèrent aux huit enfants de la Marquise, qui furent peut-être conçus en pleine lande dans l’ombre maquisarde de la pierre. Nous étions arrivés par le Nord, par un chemin forestier sinueux qui n’offrait pas d’ombre. Régis arriva par le Sud, par le col de la Roche et Concidat. Un bitume négligé allait jusqu’à l’antenne à deux pas de la pierre. Le jeune homme sortit de son véhicule deux caissettes de victuailles et, de sa poche de short clair, la lotion préventive anti-tiques. Il n’avait pas oublié le courrier. Nous insistâmes pour qu’il reste pique-niquer avec nous, d’ailleurs il nous avait préparé le gargouilleau, une pâtisserie un peu farineuse à base de poires dont il avait trouvé la recette dans ma bibliothèque de cuisine et, le parfum d’alcool de prune, dans une bouteille à étoiles en provenance de chez Cyprien.

[...] Parmi les cartes postales, les enveloppes à fenêtres et les cartons d’invitations, je voyais la grande pochette de kraft, en provenance du Pays des mille étangs, irradier, bien plus que la pierre uranifère aux ocelles de mica qui avait peut-être perçu, dans ses œuvres de chair, le Roi-Soleil, ou reçu les effluves de vieux sanglier du souverain qui avait acquis, chez les historiens, la réputation d’avoir passé sa longue et majestueuse vie sans se laver une fois.

Gérard Laplace, La Pierre à boire (Nous passâmes en Haute-Vienne)
© Orizons

L’œuvre et le territoire

Gérard Laplace décrit ici les alentours du Cheyre (en réalité La Cheirade) et le goût du narrateur pour la toponymie et sa sensibilité aux paysages et aux habitants.

À propos de La Pierre à boire

La Pierre à boire est le premier roman publié de Gérard Laplace. Le narrateur se livre à des descriptions de territoires et des saisons mêlées au récits de ses rencontres et de ses amours.

Naïf et subjugué, le narrateur de La Pierre à boire est un raporta au village ; le premier à s’être agrégé, venu d’ailleurs. Les lieux qu’il traverse lui procurent mille occasions d’attiser ses passions ordinaires pour les paysages décousus, les mégalithes, les fontaines et les créatures qui semblent les hanter.
« Pays d’oïl, Pays d’oc »... C’est une curieuse façon de dire, aujourd’hui, mais ce rêveur de langage, saute-frontière, dit curieusement les choses ou les laisse dire par la mention des couleurs, les titres des livres, les découvertes d’anagrammes et de langues perdues. Les lieux-dits acheminent les récits, croit-il...

(Éditions Orizons)

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